DestinsL'enfant est hébété. Il saigne du nez. Ses parents ne lui parlent pas. On croit son existence passagere. Il ne commence a penser, dit-il, qu'en aout 1733. Il a donc huit ans passés. C'est la premiere scene inscrite dans sa mémoire. J'étais debout au coin d'une chambre, courbé vers le mur, soutenant ma tete, et tenant les yeux fixés sur le sang qui ruisselait par terre sortant copieusement de mon nez, Marzia ma grand'mere, dont j'étais le bien-aimé, vint a moi, me lava le visage avec de l'eau fraîche, et a l'insu de toute la...
DestinsL'enfant est hébété. Il saigne du nez. Ses parents ne lui parlent pas. On croit son existence passagere. Il ne commence a penser, dit-il, qu'en aout 1733. Il a donc huit ans passés. C'est la premiere scene inscrite dans sa mémoire. J'étais debout au coin d'une chambre, courbé vers le mur, soutenant ma tete, et tenant les yeux fixés sur le sang qui ruisselait par terre sortant copieusement de mon nez, Marzia ma grand'mere, dont j'étais le bien-aimé, vint a moi, me lava le visage avec de l'eau fraîche, et a l'insu de toute la maison me fit monter avec elle dans une gondole Marzia l'emmene a Murano, chez une sorciere. La femme l'enferme dans une caisse. Sarabande, rires, cris, chants. Puis on le sort. Fumigations, conjurations, dragées, frictions. Retour au logis. La nuit, une femme éblouissante descend de la cheminée, s'approche de son lit, lui vide des petites boîtes sur la tete et repart. Au matin la grand-mere vient dans sa chambre. Elle m'intima la mort si j'osais redire ce qui devait m'etre arrivé dans la nuit. Cette sentence lancée par la seule femme qui avait sur moi un ascendant absolu, et qui m'avait accoutumé a obéir aveuglément a tous ses ordres, fut la cause que je me suis souvenu de la vision, et qu'en y apposant le9
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