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NOTICE SUR GIL BLASGil Blas, malgré le costume espagnol et toutes les imitations qu'on a pu y relever, est un des livres les plus français que nous ayons. Il importe assez peu pour la qualité de l'ouvrage que l'auteur en ait pris ici ou la le canevas, qu'il y ait inséré tel ou tel épisode d'emprunt : le mérile n'est pas dans l'invention générale, mais dans la conduite, dans le ménagement de chaque scene et de chaque tableau, dans le détail du propos et du récit, dans l'air aisé et le tour d'enjouement qui unit tout cela. En prose et sous forme de roman, c'est un mérite, une originalité du meme genre que celle de La Fontaine. La louche de Le Sage est toute française, et si notre littérature possede un livre qu'il soit bon de relire apres chaque invasion, apres chaque trouble dans l'ordre de la morale, de la politique et du gout, pour se calmer l'humeur, se re-meltre l'esprit au point de vue et se rafraîchir le langage, c'est Gil Blas.Le Sage est né, s'est formé et a commencé a se produire sous Louis XIV. Moins âgé de vingt-quatre ans que La Bruyere et de dix-sept ans que Fénelon, de six ans plus âgé que Saint-Simon, il appartient a celle génération d'écrivains qui étaient faits pour honorer l'époque suivante, et dont les débuts consolerent le grand regne au déclin. Ses plus exacts biographes le font naître en 1668, dans la presqu'île de Rhuys, en basse Bretagne, non loin de Saint-Gildas, ou Abailard fut abbé1. Du fond de celle province énergique et rude, d'ou nous sont venus de grands écrivains, des novateurs plus ou moins révolutionnaires, les Lamennais, les Broussais, et un aulre lîené, Alain-René Le Sage nous arriva, mur, fin, enjoué, guéri de tout a l'avance, et le moins opiniâtre des esprits : on ne trouverait quelque chose du coin breton en lui que dans sa fierté d'âme et son indépendance de caractere. Comment et par quelles épreuves, par quelles traverses arriva-t-il de bonne heure a celle connaissance de la4 M. P. Levot, dans la Biographie bretonne (1857), a produit les pieces authentiques qui prouvent que Le Sage est né le 8 mai 1608, dans la commune de Sarzeau, île de uliuys.vie, a celte entiere et parfaite maturité a laquelle l'avait destiné la nature? On ne sait de sa vie que bien peu d'événements. Il fit .ses études au college de Vannes, ou il trouva, dit-on, un maîlre excellent. Il perdit sa mere a neuf ans, son pere a quatorze ; ce pere était notaire et greffier comme celui de Boileau. Il eut pour tuteur un oncle négligent Venu a Paris a vingt-deux ans pour y faire son cours de philosophie et de droit, il y mena la vie de jeune homme et y eut sans doute quelques-unes de ces aventures de bachelier qu'il a si bien racontées et diversifiées depuis. On s'accorde a dire qu'il élait d'une physionomie agréable, d'une taille avantageuse, et qu'il avait été fort bel homme dans sa jeunesse. On parle d'une premiere liaison galante qu'il aurait eue avec une femme de qualité. Dans tous les cas, celle vie purement mondaine de Le Sage fut courte, puisqu'on le trouve a vingt-six ans épousant la fille d'un bourgeois de Paris, qui n'en avait elle-meme que vingt-deux. A partir de ce temps, il mene la vie de ménage et de labeur, une existence assujettie ; et c'est de la rue du Cour-Volant, faubourg Saint-Germain, et ensuite de la rue Montmartre ou il demeure, ou de quelque autre logis obscur, que vont sortir ces écrits charmants qui semblent le miroir du monde -.Pourtant il paraît qu'aussitőt apres son mariage il essaya de vivre d'un emploi régulier, et qu'il fut quel-1M. Levot raconte, clans sa biographie de Le Sage, l'anecdote suivante qui doit se rapporter a cette premiere époque de sa vie : Il existait a Sarzeau une famille de procureurs attachée a la barre royale de Rhuys, qui entretenait contre la famille Le Sage une de ces rivalités locales qui se perpétuent souvent avec les générations. Cette famille, encore existante aujourd'hui, et qui, depuis, a fini par tomber a peu pres dans la classe des paysans, portait le nom de Rolando. Un de ses membres soutint et gagna un proces qui fut peut-etre la premiere cause de la ruine de L'e Sage. Celui-ci s'en est souvenu en écrivant Gil Blas, et il a donné le nom de Rolando a son chef de voleurs. 2En dernier lieu, et pendant un grand nombre d'années, Le Sage habita une petite maison au liaut du lau-bourg Saint-Jacques. (Voyez a la lin de la présente Notice.)I