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LA
CHASSE ROYALE
UN LAZZARONE
Un jour d'automne, vers midi — on était alors au commencement du mois de septembre 1706 — deux gentilshommes suivaient en causant la courbe immense que l'armée française, aux ordres du duc de la Feuillade, traçait autour de Turin.
La ville était investie de toutes parts, mais elle ne sem-blaitpass'en trouver fort incommodée. On ne voyait aucune breche aux remparts, point de ruines fumantes et rien qui dénotât que la capitale de M. le duc de Savoie eut la moindre envie de battre la chamade. Les canons tendaient leurs gueules béantes par les embrasures ; les baionnettes des sentinelles luisaient par-dessus les glacis ; on entendait le bruit des tambours et des trompettes, et de minute en minute un éclair, suivi d'une forte détonation, indiquait que la garnison de Turin faisait bonne garde.
Du côté des assiégeants, on répondait consciencieusement a tous les coups ; les boulets n'étaient pas plutôt arrivés qu'ils étaient rendus; ils enlevaient de part et d'autre des sacs de terre, des gabions et quelquefois, par-ci par-la, un homme ou deux, et c'était tout.
L'armée française, il faut bien le dire, faisait autour d« Turin la plus étrange figure qui se put voir. Jamais siege n'avait été plus mal mené. Rien n'avançait et l'on ne savait pas par ou avancer. Les ordres étaient mal donnés et plus mal encore exécutés ; on n'avait rien su prévoir et on ne