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Le tram était vide; Gyuri avait le choix des places. II s'installa donc dans le compartiment central et dans le sens de la marche, cőté fenétre, pour pouvoir bien voir. II avait un paysan pour vis-á-vis. Cet homme n'était pas d'allure particuliérement rustique, seulement il n'avait pas de cravate sur sa chemise blanche boutonnée et il portait au lieu de sou-liers des bottes noires, mates. Bien que la matinéé fűt bien chaude, il avait mis un gilet sous son veston foncé. Qu'il dóit avoir chaud , pensa Gyuri, compatissant.II y avait encore dans la voiture deux femmes et une fillette dont Gyuri ne se souciait guére. Sur la plate-forme un mon-sieur á petite moustache coupée á l'anglaise se tenait debout, prés du conducteur et lisait un journal.II faisait lourd; il y avait peu de monde dans les rues. Quelques femmes seulement faisant leurs emplettes, des mes-sieurs pressés se hátaient, une serviette sous le bras; de-ci, de-lá passait un sóidat allemand, en vert, ou un militaire hongrois en kaki. Prés du Théátre Lyrique, Gyuri vit aussi un petit groupe de gendarmes, plumes de coq (1) au chapeau, des gradés avec, pour commandant, un sous-officier á trois étoiles. Gyuri les regarda avec intérét et quelque méfiance. A Buda, de l'autre cőté du Danube, en bas de la rue Margit, il apergut encore deux gendarmes avec deux agents armés. Le silence régnait dans le tram jaune de type moderne qui glis-sait sans bruit; on n'entendait que, de temps en temps, un froissement de papier, quand le monsieur tournait la page de son journal.(1) Les gendarmes hongrois d'avant guerre portaient des plumes de coq á. leur chapeau.