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TIRCIS
Thebes s'endormait sous la pourpre d'un merveilleux couchant ; les frontons de ses temples se teintaient d'or, et le silence de la nuit proche montait, comme l'encens du monde, vers les étoiles. Les rues étroites aux détours capricieux se vidaient rapidement ; sur la terre battue s'étouffaient les pas des derniers promeneurs et la nuit allait définitivement se fermer sur la ville, quand soudain un reflux reporta le peuple dans les rues. Des hommes, des femmes surgissaient des portes déja pleines d'ombre ; des groupes se formaient, anxieux, et bientôt une énorme rumeur, telle qu'il s'en fait la veille d'une guerre, avait porté l'exaltation dans tous les cours.
Voici ce qui s'était passé.
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Chaque soir, avant de rentrer dans la ville, le jeune pâtre Tircis s'attardait quelques moments, a l'orée d'un bois de mélezes, sur les marches d'un petit temple abandonné, situé non loin de l'enceinte de Thebes. Tandis qu'autour de lui son troupeau de chevres broutait, sur le gazon, les derniers rayons du couchant, il charmait l'heure exquise d'un air de chalumeau, jusqu'au moment ou, la nuit naissant du silence, il se levait, entrait dans le temple et, tournant les paumes de ses mains vers le dieu abandonné, lui adressait, dans un sentiment de naive piété, sa priere de tous les soirs.
Or, cette fois, le dieu des champs et des troupeaux — ce dieu interrogé par tant de générations et demeuré éternellement muet — avait parlé au petit pâtre qui ne demandait rien.
« Fais un vou, avait-il dit, et je le réaliserai pendant une heure, « puis tu mourras ; ainsi le veut le Destin. «