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Lettres inédites de Chateaubriand
a la duchesse de Duras.
1810 ou i8ir.
Chere sour, vous désespéreriez une amitié moins vive et moins constante que la mienne. Votre lettre d'aujourd'hui m'a fait beaucoup de peine. Elle est injuste, contrainte, et peu aimable. Je méritais mieux. Je n'ai point áe pain quotidien, je ne reçois de personne au monde de lettres que j'aime plus a recevoir que les vôtres. Je vous aime plus que personne ; en un mot vous vous plaisez tres a tort a m'afiliger. Je vois que vous écoutez M«'® de B. (ij. Elle vous fera beaucoup de mal, elle n'est pas assez síire pour vous et moi, elle se plaît a tourmenter ; et prévenue comme vous l'etes, je ne sais comment vous vous y laissez encore prendre. Si je ne puis rien pour vous rendre un peu heureuse, chere sour, il vaut mieux renoncer a une correspondance qui vous fatigue, et qui me désolerait. Je ne sais que faire pour vous plaire. Vous ne me croyez pas. Vous ne m'écoutez pas, quand je crois avoir mis mon cour tout entier devant vous, je ne reçois que des choses aigres et seches en réponse. Je souflfrirais tout cela s'il ne s'agissait que de moi, mais vous vous faites mal ; et je ne me pardonne pas d'etre la cause involontaire de ce mal. Que dites-vous donc de rna santé? elle est excellente, est-ce pour me reprocher de ne pas vous parler de la vôtre ? Mais avez-vous voulu jamais m'entendre sur ce sujet? Vous me découragez en tout, vous devriez pourtant avoir un peu de pitié d'un homme qui a tant été tourmenté dans la vie. Je vous en supplie : défiez-vous de M™® de B. Je vous ai recommandé la paix, mais pas la confiance.
Chere sour, je suis bien triste.
(1) M»« de Béranger.