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L'APOCALYPSE
donnés
L'Apocalypse est iiii ouragan; c'est un de ces petits livres, insignifiants, fous, désor-lés, tourmentés, incompréhensibles, baroques, qui déconcertent tout le monde : les esprits forts sourient; les esprits surs, ceux qui coutent les mes, vous reglent le compte de l'Apocalypse en deux lignes, en deux phrases, en deux mots, d'un petit air protecteur : les esprits surs protegent tout le monde, y compris Dieu. Les illuminés trouvent que le texte n'est pas suffisamment haut en couleur, ils en rajoutent, ils mettent des noms, ceux de leurs ennemis; les prophetes, les petits prophetes, en lisant l'Apocalypse, vous annoncent tout ce qui arrivera, tout ce qui vous arrivera; pour eux, c'est clair, c'est de l'eau de source; les poetes jouent avec les chiffres, car les chiffres ont toujours regorgé de poésie; les inquiets calculent, ils transforment l'Apocalypse en machine a calculer; l'Apocalypse devient une mere Michel, une sorciere, une conteuse de bonne aventure, une tireuse de cartes; les savants dissequent, c'est leur métier; les sages se taisent, ils essaient de trouver quelque lumiere, ils en trouvent une, parfois.
Pour certains, l'Apocalypse est un livre écrit par un masochiste; il serait le plus sinistre texte de l'histoire de l'humanité : l'auteur remue la boue, provoque la terreur, expose au public sa folie et sa démence; Victor Hugo n'hésite pas a proclamer : « Jean frissonne; au fond de sa sombre poitrine l'amour horrible agite son tocsin »; Nietzsche surenchérit en définissant l'Apocalypse comme « la plus hideuse de toutes les élucubrations écrites que la vengeance ait sur la conscience »; et un autre ténor du xix" siecle de conclure : « Elle résume soixante-dix ans de fureur visionnaire ».
Une chose demeure : les plus grands artistes, sculpteurs, peintres ou musiciens ont chanté l'Apocalypse, rme page, une ligne, ou le livre dans sa totalité; les résultats sont impressionnants. On ne peut rester impassible devant ces interprétations qui dépassent l'anecdote, qui survolent le temps, qui se rencontrent dans de multiples églises, parfois dans des hameaux reculés, dans les montagnes les plus loiataines, dans les cathédrales les plus vastes, dans l'Orient et dans l'Occident, depuis le iv« siecle et dans tous les siecles. Le Christ de majesté, entouré de ce qu'il est convenu d'appeler les 4 animaux et les 24 vieillards, s'impose partout par sa grandeur, sa stabilité, sa majesté, son impartialité : l'homme a besoin de tout cela.
Ce livre est tellement complexe que, malgré sa popularité, il a failli ne pas figurer d^s le canon des textes sacrés, du moins en Orient, alors qu'il est une extraordinaire émanation de l'esprit oriental. Denys d'Alexandrie, théologien du m® siecle, a été le premier adversaire acharné de l'Apocalypse; cela explique que l'Orient ait peu utilisé les themes de ce livre dans les premiers siecles de notre ere; on comprend également que l'art des catacombes.