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Côte d'Azur et haute Provence.
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M UlEN A VANT qu 'on ne se batte a coup de noms de bapteme en Ji^^^^r forme de pierres précieuses et autres séductions — de la jade a l'opale, de l'amour a la beauté, de la nacre a l'argent —, il y avait déja une Côte d'Azur, qui a inspiré les autres et dont le prestige reste inégalé.
C'est la, ou a peu pres, que furent inventées les vacances d'hiver pour aristocrates frileux, du côté des palmiers, des aloes et des mimosas. Somme toute, il reste assez peu de chose de cette époque : un nom de promenade, des hôtels rococo aux salons chargés de dorures, un carnaval et une séduction justifiée sur les retraités point trop démunis. En réalité, la Côte d'Azur vit beaucoup plus intensément l'été.
Alors, on s'y serre, on s'y tasse. On s'y agrippe aux rochers, mu par l'assurance du soleil et de la chaleur, par la tiédeur d'une mer débonnaire et toujours a portée du pied puisque sans marée, par l'incontestable beauté des sites et par tous les snobismes successifs : il faut avoir été la ou furent princes vrais et faux, souverains et potentats, stars et starlettes, écrivains et écrivaillons, artistes et barbouilleurs, les uns attirant les autres et la troupe de leurs courtisans, et tous attirant les badauds, meme en leur absence : ils ont sanctifié ces lieux, ou l'on va s'imprégner de cette odeur de sainteté.
C'est la côte ou s'étale impudemment — imprudemment parfois — la richesse. Ou changent de mains, dans le chapelet des casinos, des fortunes qui venaient du froid et qui viennent maintenant du désert — l'or aussi a changé de couleur. Ou se balancent des yachts démesurés, dont certains n 'ont jamais quitté leur amarre. Ou cette ostentation attire des millions de papillons éblouis, qui ailleurs la trouveraient insupportable.
C'est la côte des festivals, Miami et Los Angeles a la fois, ou régnent le cinéma et ses célébrités; avec, un tout petit peu en retrait, comme sur un deuxieme front, les bastions des autres arts : les Vallauris, les Saint-Paul, les Vence, les Cimiez. Devant tant de talent, si ce n'est de génie, les tetes tournent et magnifient l'image des vieux villages aux rues étroites, montantes et toutes fraîches d'ombre. Les mirages de la côte ont ainsi de longs échos a l'intérieur : quel estivant, fut-il le plus paresseux plagiste, n 'a pas fait son pelerinage a Gassin ou a Ramatuelle, a Cogolin ou a bourdon, a Coaraze ou a Sospel?
Des foyers originels niçois et cannois, la Côte d'Azur a bien étendu son domaine. Entre Menton et Cannes, il n'y a plus de lacune : au-dela du Var, la Riviera ne laissait que peu de place entre deux promontoires; en deça du Var, sur la côte antiboise et cannoise, plus basse, les dernieres vues d'eau sont aveuglées parles blocs et barrieres des immeubles-a-balcons-et-vue-imprenable, ces solymars qui font des vagues la ou des promoteurs, mal inspirés par le nom de la plus célebre des baies, voulant faire l'ange ont fait la bete.
Le rouge Esterel plonge si brusquement dans l'eau qu'il en est tout frangé par l'écume des pavillons blancs qui monte, monte, monte sur ses flancs, jusqu'a Saint-Raphaël et Fréjus, ou la plaine n 'a plus figure naturelle. Faut-il continuer a appeler Côte d'Azur tout le reste, au long des Maures, du côté d'Hyeres et de Toulon? Certains le font, puisque le nom est prestigieux. Mais il s'agit d'autre chose : un littoral moins anciennement occupé, qui n 'a guere connu sa saison d'hiver en dépit des palmiers d'Hyeres, et ou des modes plus récentes ont relayé la vieille et vraie Côte d'Azur; une côte au moins aussi belle, plus variée en fait, qui a su inspirer des architectes heureux, a Port-la-Galere ou a Port-Grimaud; et qui est précédée par des îles aux séductions non moins diverses; une jeune sour plus fougueuse et changeante, moins «installée» : non plus Grace, mais plutôt Brigitte.