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Avec ses quarante mille hectares, de la pointe de Champeaux en Normandie a celle du Grouin en Bretagne, la baie du Mont Saint-Michel est un des sites les plus fantastiques de France. Cette étendue immense est tapissée d'une épaisse couche de sable fin que l'on appelle ici la tangue, mélange de débris de coquillages et de fragments de granit ou de schiste. Les petits fleuves côtiers qui se jettent dans la baie — le Couesnon, la Sée et la Sé-lune — y dessinent de larges boucles au tracé sans cesse changeant. Le vent y modele de curieux reliefs que la mer efface en les recouvrant. Gorgées d'eau, les greves offrent un somptueux miroir au ciel qui y déploie toute la richesse décorative d'une palette aux tons variés et délicats. Le Mont Saint-Michel, superbe cône de granulite, et Tombelaine, long rocher situé a trois kilometres au Nord, surgissent de ce site grandiose ou le ciel, la terre et l'eau se confondent.
Selon la tradition, au début de notre ere, ces deux rochers étaient entourés d'une vaste foret connue sous le nom de Scissy. Interprétant un passage d'un manuscrit du xe siecle, la Kevelatio ecclesiae sancti Michaelis, la plupart des historiens du siecle dernier pensaient que la foret avait brutalement disparu sous les flots en 709. En réalité, les choses se sont sans doute passées autrement. Il n'est pas question de mettre en cause l'existence de la foret de Scissy ; les arbres fossilisés, les coërons, retrouvés en grand nombre dans le marais de Dol, attestent qu'une foret s'est développée dans la région au cours de la derniere période postglaciaire. Mais il faut se garder de donner a cette foret des limites trop étendues. Les sondages effectués en 1952 par le Service d'études pour l'utilisation des marées, au Nord et a l'Ouest du Mont Saint-Michel, n'ont pas permis de trouver des débris d'arbres fossilisés dans cette partie de la baie. Il ne semble donc pas que la foret de Scissy se soit étendue au-