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Les premiers Médicis a Florence
C'est Jean de Médicis, fils d'Averado, dit "Bicci", qui fut l'initiateur du pouvoir économique de la famille. Il faisait partie de la branche des Médicis de Cafaggiolo et occupa la premiere place dans le parti populaire, ou il ouvra avec discrétion et sans bruit, ayant un caractere doux et affable. Il n'avait que dix-huit ans au moment de la révolution des Ciompi, et bien sur il fit sienne la cause du peuple en vertu d'une tradition que les Médicis respecterent jusqu'a ce qu'ils devinrent les maîtres de la ville. En effet, l'on peut dire que les Médicis n'eurent jamais "le moindre ennemi a gauche", car ils défendirent toujours les causes cheres au peuple. Lorsque la bourgeoisie entra en lutte pour arracher ses prérogatives a la noblesse, les Médicis se rangerent aux côtés des bourgeois, et lorsque la grande bourgeoisie (a laquelle ils appartenaient) entra en conflit avec la petite bourgeoisie, ils se rallierent a celle-ci et la défendirent.
Il ne faut toutefois pas oublier que si la politique des Médicis chercha toujours a satisfaire des aspirations démocratiques, désormais leur but principal était de diriger celles-ci selon leur bon plaisir et de les exploiter dans leur intéret personnel. Il en fut ainsi pour Jean, un banquier habile, un commerçant avisé et intelligent qui donna une impulsion considérable a ses affaires.
Jean de Médicis était un homme réfléchi et réservé. Il n'aimait a se distinguer ni sans sa vie ni dans sa maniere de se vetir. Il ne brigua point de charges mais les accepta, devenant prieur en 1402, en 1408 et en 1414. Sa richesse attira a lui les nobles, contre lesquels au fond il s'était rangé. Il appartenait d'ailleurs a une autre forme d'aristocratie qui comptait a Florence, celle du commerce et de l'argent.
En 1386 il avait épousé Piccarda Bueri. Sa femme, la premiere dont on trouve mention dans l'histoire des Médicis, avait alors dix-huit ans. Les Bueri étaient d'origine florentine mais, comme beaucoup d'autres familles, ils s'étaient réfugiés a Vérone lors des luttes entre Guelfes et Gibelins, entre Blancs et Noirs. Et c'est a Vérone qu'était née Piccarda. Son prénom était également lié a la ville natale de ses parents, a cette Piccarda Donati que l'on trouve dans Dante et que le despotisme de son frere Corso, chef du Parti Noir, avait arrachée a la tranquillité du couvent. L'on sait fort peu de Piccarda. A la fin du XIV % meme les femmes les plus nobles et les plus riches se consacraient principalement a leur intérieur et a l'éducation de leurs enfants. Jean et Piccarda furent charitables avec les pauvres, les malades, les hôpitaux et les monasteres.
Sur son Ut de mort, Jean dit a ses fils: "Je vous laisse les richesses infinies que Dieu m'a accordées, et que votre mere s'est beaucoup fatiguée a préserver Je vous confie Nannina, ma femme et votre mere; faites en sorte que ma mort ne la prive pas des honneurs et du rang qui lui reviennent".
Cosme et Laurent, ses deux fils, l'honorerent, la respecterent et suivirent ses conseils aussi longtemps qu'elle vécut.
Jean "di Bicci" fut l'initiateur de ce vaste mécénat artistique qui rendit célebres tous les Médicis a de rares exceptions pres, mais aussi de cette hospitalité large et généreuse qui devint par la suite une tradition de famille. Entre autres, il accueillit chez lui l'antipape Jean XXIII, l'humaniste napolitain Baldassarre Coscia, qui mourut en 1419 alors meme qu'il résidait chez les Médicis; plus tard, Cosme fit construire pour lui la splendide tombe qui se trouve dans le Baptistere, une ouvre exécutée en collaboration par Donatello et Michelozzo, les artistes favoris des Médicis.
Apres la mort de Jean, Nannina continua sa vie tranquille et sereine, entourée de l'affection de ses fils, de ses
Agnolo Bronzino : Jean "di Bicci". Dépôts des Galeries