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Memoria Corsa
I e qui restera sans doute de la prise de conscience corse des années 1970 a 1980, comme des enthousiasmes, ^^ ^ des vicissitudes et des déceptions qui les ont jalonnées, c'est une pétition d'identité, formelle et permanente, obsédante parfois. Tout se passe comme si, ayant voulu occulter leur différence au temps ou elle était éclatante, les Corses s'ingéniaient désormais a la proclamer, alors qu'elle est en voie de n'etre plus visible. L'île se voulait dans la France « un département comme les autres » a l'époque ou les voyageurs n'y Celui q,u rappelle un souvenir i un autre découvraient que singularités et comme un exotisme de bout du monde. Elle aimerait a le droit de lui dire : « Tu sais cela, aujourd'hui se voir traiter dans l'Europe a l'égal d'une terre étrange et lointaine.
mais tu ne sais pas que tu le sais, je te ^!j^^j jç ^orse » continuent-elles de déconcerter les observateurs,
k rappellerai, et tu découvriras que ,u J^^ ^^^^^ - ^^^^ - [ [(jg^ ^^^^^^^ ^^ ^^ dénigrement
sats ce que tu croyais ne pas savoir » sommaire, n'acceptent d'image d'eux-memes que puisée dans leurs propres souvenirs
Saint Augustin, Triniti, XIV. OU dans Ics técits de leurs proches. Individualisme ? Esprit de clocher ? Sans doute,
mais ces explications ne seraient que trop aisées, s'il n'y avait encore, trop souvent traitées par prétérition, de fortes diversités locales, dues autant a l'économie qu'a l'histoire, et qui sous le prisme des nostalgies et des transferts nés de l'émigration, ont souvent donné lieu a une mémoire sélective, voire déguisée. Tel se complaira dans une imaginaire reconstitution, idyUique et lyrique, tel autre préférera taire l'exécration intime d'une ere d'humilité subie. A mi-chemin de ces visions extremes se situe l'évocation attendrie d'une jeunesse perdue et d'anciennes contraintes dont la clémence du temps qui passe a fini par dispenser les générations nouvelles. C'est, au sens propre du terme, le « point de vue » ou nous avons voulu placer cet ouvrage.
Car étaler des images du passé, cela pourrait n'etre que la satisfaction d'une curiosité, pour ceux qui, de ce passé, n'ont guere de souvenance, du fait d'un éloignement précoce ou d'une naissance en des temps récents. Or ce doit etre, pensons-nous, le moyen d'apporter un témoignage, réaliste et troublant, qui fasse naître ou renforce le sentiment, de nos jours absent ou ténu, de la continuité et de la solidarité des époques.
Parmi les documents glanés dans sa quete infatigable par Rigolu Grimaldi, nous avons donc préféré ceux que nous estimions les plus évocateurs, sans souci de parité numérique régionale ni de distribution exhaustive par localités. Ce qui nous eut contraints a l'insertion superflue de photographies ici et la répétées jusqu'a la lassitude, et eut conféré a l'ouvrage la lourde monotonie d'un répertoire.
Mettre en gloire l'aspect passé de carrefours et d'humbles villages oubliés des manuels du pittoresque et des albums touristiques, surprendre le Corse d'autrefois dans ses attitudes coutumieres et non le figer dans la pose du stéréotype, restituer en somme les étapes d'une longue randonnée onirique dans un monde évanoui