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D'ou venons nous? Qui sommes nous? Pour etre sur d'etre compris par ses lecteurs français, allemands, russes, espagnols ou autres, le chroniqueur hongrois, conscient de la culture et de la littérature de son peuple, se sent obligé de citer un romancier du passé. Cet écrivain, né en 1847 et mort en 1910, s'appelle Kálmán Mikszáth. Il sera notre guide pour eviter toute exagération inadmissible et toute tentation de quitter le chemin de la vérité. Mikszáth, conteur savoureux, est notamment l'auteur d'un roman, traduit en anglais, Le parapluie de St. Pierre, qui fut le livre de chevet du président américain Théodore Rossevelt. Critique aimable, mais perspicace de la société de son époque, il écrivit en 1903 dans la préface d'un almanach ceci: Dans la collection de curiosités réunie par le célebre directeur de cirque américain Barnum figurait un chat dont les pupilles, prétendait-on, grossissaient tous les objets a tel point que le pauvre animal était incapable d'attraper la moindre souris, ce rongeur lui paraissant aussi gros qu'un bouf. Au cours de ses voyages a travers le monde, Barnum eut la chance d'acquérir un second chat dont les pupilles, au contraire, réduisaient toute chose dans de telles proportions qu'il choisit un ours, le célébré Bob, comme compagnon de jeu parce qu'il ne lui paraissait pas plus gros qu'une petite pelote de laine, roulant sur le sol.On peut se demander ce qui serait arrivé si l'on avait réussi a fondre les deux chats en un seul animal, doté d'un oil grossissant et d'un autre qui aurait diminué les dimensions. Je crois connaître un phénomene qui réalise virtuellement cette prouesse contradictoire. Cependant il ne s'agit pas d'un chat, mais de la vieille et vénérable société hongroise!Les Hongrois, décrits, tour a tour, comme facilement inflammables, exubérants ou gais pleurnichards ont eu depuis toujours un oil grossissant et un oil réducteur: le premier augmente tout ce qui est agréable, le second diminue tout ce qui est déplaisant. J'essaierai de regarder mon pays et le destin de mon peuple sans lentilles grossissantes. Je préfere encore les verres réducteurs parce que je suis convaincu que moins se révele souvent etre plus que beaucoup. La vanité, dans la plupart des cas, cache simplement le rien.Constatons d'abord modestement que la nation hongroise compte 10 millions et demi d'âmes ce qui est moins de deux pour cent de la population totale de l'Europe, estimée a 600 millions. D'autre part, le pays, avec une étendue de 93 000 kms^, occupe a peine un pour cent de la surface de l'Europe. Mais pour nous autres Hongrois ces maigres pourcentages constituent tout un monde, le théâtre de nos existences et l'objet de nos luttes et de nos espoirs.Bien que les marées de l'histoire, dans leur va-et-vient, aient plus d'une fois submergé notre patrie et que des conflits désastreux, de l'invasion mongole aux batailles meurtrieres de la seconde guerre mondiale, y aient laissé des marques profondes, cette terre balayée par les tempetes du passé nous est aussi chere que le nid au creux de l'arbre, frappé par la foudre, l'est au moineau.Continuons cette comparaison: notre nid, le berceau de notre peuple, existe depuis 1100 ans et la voix qui s'y éleve c. a. d. la langue hongroise est trois fois millénaire.Il faut insister sur ces faits pour faire comprendre au lecteur européen, généralement si mal informé de tout ce qui concerne les Hongrois et la Hongrie, d'ou nous venons et qui nous sommes. Il y a environ 1100 ans, les tribus hongroises, jusque la nomades errants, apparurent au cour de l'Europe sur les rives du Danube et de la Tisza ou ils s'établirent parmi les Avares, les Slaves et les Allemands, dans une nouvelle patrie. Depuis cette occupation du sol qui remonte exactement a l'an 896 nous vivons dans le meme pays. Notre nom dérive d'une des tribus qui immigrerent a cette époque: les Megyers.Les deux princes tribaux du peuple hongrois encore mal consolidé s'appelaient Kurszán et Árpád. Kurszán était un dynaste dont nous ne savons a peu pres rien. Árpád était le chef des guerriers. Pendant des siecles la protohistoire de notre nation est restée entourée d'un halo de25