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Le cour bat plus délicieusement a relancer un lion qu'a faire lever un lievre.
William Shakespeare (Henri IV)
Paris est une ville pleine de lions et j'habite, de tous ses quartiers, dans le plus léonin : cette partie du 7' arrondissement qui avoisine la Seine, les Tuileries et la place de la Concorde. Pétrifiés mais vigilants, alanguis dans les bassins, crachant Peau des fontaines, nargués par les oiseaux des jardins, ils soutiennent les balcons, gardent les portes et les ponts.
Je les rencontre partout et ce n'est pas d'hier. Quand je suis née, a l'automne 1933, mes parents habitaient un immeuble du boulevard Saint-Germain, entre la rue de Lille et la Seine que l'on apercevait de notre balcon, au cinquieme étage. L'immeuble, construit a la fin du siecle dernier, est cossu, tout en bossages vermiculés et sculptures allégoriques. C'est la qu'apparurent mes premiers lions. Ils étaient quatre. Deux d'entre eux passaient leurs tetes de pierre au-dessus de la haute porte cochere, encadrant la fenetre gardienne; lions classiques de sous-balcon, la gueule a peine entr'ouverte et l'oil vaguement asiatique. Des lions sans véritable personnalité et qui se confondent avec les murs.