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PICASSO ET LA FORMULE DE CÉZANNE
Ambroise Vollard, célebre marchand de tableaux, ami de tous les peintres célebres de Paris et connu de tous, posait un jour pour Pablo Picasso.
C'était un matin de 1909, trois ans apres la mort de Paul Cézanne.
Picasso traversait alors son époque cubiste. Imprégné de cette nouvelle façon de peindre, il fronçait les sourcils pour essayer de voir dans te visage de Vollard, des angles, des quadrilateres et des cubes.
Vollard semblait avoir le meme air soucieux que le peintre.
Picasso s'en rendit compte.
— Préoccupé ? demanda-t-il.
— Non, je pensais.
Il se leva, s'approcha de la fenetre et regarda dehors.
— Je songeais au pauvre Cézanne. Il m'a peint de face comme vous. Par amitié aussi, comme vous. Il venait dans l'arriere-boutique avec les impressionnistes Monet, Guillaumin, Renoir et Sisley.
— Cézanne a fini par tous les renier, lança Picasso.
— Oui, il avait ses idées et un caractere farouchement antisocial.
Et se retournant, il ajouta en montrant le portrait peint par Picasso.
— Mais vous lui devez votre cubisme !
— La fameuse formule de Cézanne, souligna lentement Picasso.
— Oui, je la connais bien. Il ramenait tous les objets a leur pureté géométrique. Il affirmait que dans la nature, tout peut se réduire a des formes simples comme le cube, le cylindre ou la sphere.
Il leva les sourcils pour interroger Picasso. Celui-ci fit de la tete un signe d'assentiment.
— Il avait raison —affirma-t-il.
Et il regarda de nouveau le visage de Vollard, en essayant d'y voir des angles, des quadilateres et des cubes.
Le temps a passé, retenant du cubisme seulement une expérience qui a permis de parvenir a des nouveaux styles. Mais l'heureuse formule de Cézanne est restée immuable:
Dans la nature, tout est cube, cylindre, sphere.