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La figure du cheval est apparue dans l'art avant celle de l'homme —des les peintures rupestres paléolithiques — et, depuis sa domestication, il est le motif le plus fréquent de la peinture et de la sculpture. Sa véritable beauté se manifeste dans le déploiement total de sa force : aussi sa figuration multiforme devait-elle jouer un rôle important dans l'évolution de la représentation du mouvement et de l'espace.
Posséder un cheval compta longtemps pour un privilege qui marquait un rang. Son intelligence, son adresse, l'élégance de ses mouvements et sa beauté pleine de force font qu'il est, meme de nos Jours, l'animal le plus affectionné de tous les amis des betes. Sa force, son endurance, sa vitesse, ses capacités d'apprentissage le rendent également propre a l'équitation et a la traction de voitures et de lourds fardeaux ; dans l'art militaire, il a, Jusqu'a un passé récent, Joué un rôle de premier plan. Son attachement a son maître est proverbial. Les vétérans de la Premiere Guerre mondiale ont rapporté des histoires légendaires de chevaux de cavalerie ayant sauvé leur cavalier blessé ou ayant fidelement veillé sur le cadavre de leur maître. Cet animal intelligent et docile, facile a dresser a gardé dans ses chromosomes, malgré une domestication millénaire, le caractere farouche et fougueux de ses ancetres des steppes. Le poulain, une fois séparé du troupeau, doit etre dressé a la selle avec beaucoup de patience. Son lieu d'origine est l'Eurasie ; c'est de la qu'il s'est répandu sur les autres continents. Un des ancetres des races chevalines d'aujourd'hui fut découvert par Prze-walski, un officier russe, en 1880. Aux confins de la Djoun-garie, en Asie centrale, il rencontra par deux fois de petits troupeaux de ces chevaux sauvages que l'on croyait déja disparus. Ces troupeaux se composaient de cinq a quinze Juments groupées derriere un étalon dans la force de l'âge. Ces rencontres étaient dues au hasard, et il ne put capturer aucun de ces animaux. Toutefois, il réussit a acquérir, de chasseurs kirghizes, une peau de cheval sauvage dont il fit don au Musée Zoologique de Saint-Péters-bourg. On y peut voir, encore aujourd'hui, le premier spécimen connu de ce cheval primitif, de petite taille (135 cm), trapu, au pelage jaunâtre, ayant une grande tete, une criniere courte et dressée comme une brosse sur son encolure forte.
Ce cheval sauvage asiatique qui était en voie d'extinction a cependant pu etre sauvé. La chasse a cette espece, dont on ne comptait que quelques centaines de spécimens et qui vivait en liberté dans les steppes de la DJoungarie,fut interdite ; par ailleurs, il en existe quelque deux cent cinquante dans les jardins d'acclimatation. Le Zoo de Prague, par exemple, s'enorgueillit de tout un petit troupeau de chevaux de Przev^alski a la taille ramassée et a la robe jaunâtre.
Son cousin, le tarpan, a la stature mieux proportionnée et a la robe isabelle, gris souris — ancetre du cheval des Scythes et des Arabes — est originaire des steppes d'Europe orientale et d'Asie occidentale. Avec le temps, les tar-pans se sont fixés dans les steppes de Russie du sud et en Ukraine (dans la Scythie antique), ou on les prit pour des chevaux retournés a l'état sauvage. Au siecle passé, on les chassait encore car, en hiver, ils entamaient les meules de foin des villages et, de temps en temps, de solitaires étalons tarpans enlevaient les Juments des paysans et des troupeaux des grandes propriétés. Le dernier tarpan fut tué a l'occasion d'une chasse a courre, en 1880, l'année meme de la découverte des chevaux de Przewalski. Ces deux variétés de chevaux ont une origine commune ; ils ne constituent donc pas deux races différentes, mais seulement deux variantes d'une meme espece, a la façon de leurs congéneres, les chevaux primitifs ressemblant aux poneys d'Europe occidentale et septentrionale. Dans des peintures rupestres, on retrouve ces deux types, ce qui atteste que l'homme de Cro-Magnon, a une meme époque, en connaissait l'existence. C'est apres la derniere période glaciaire qu'il commence a les chasser, lors des migrations, avec les immenses troupeaux de cerfs des steppes orientales et des toundras septentrionales vers les régions plus tempérées d'Europe centrale et occidentale. Le cheval étant un important butin de chasse de l'homme préhistorique, il l'a tres souvent reproduit sur les parois des cavernes. L'intention des figures animales gravées et peintes des « salles » creusées par la nature et cachées dans les profondeurs des montagnes était magique. En faisant apparaître leur image « par magie » sur la paroi rocheuse, l'homme primitif a en quelque sorte « pris en possession » le butin convoité avant meme la chasse. II était important que le dessin qui, pour ainsi dire, « per-