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A dix ans, Andrée avait perdu sa mere. Sa raison s'était murie dans la tâche d'assister son pere, plus faible qu'elle devant le malheur. Ils habitaient Arras, oii M. Ferrand, homme doux et triste, était professeur au lycée. Il était né a Baume-les-Dames, de petits fonctionnaires orgueilleux, encore tout pres de la terre, et, au sortir de Normale, dans son premier poste, a Toulouse, avait épousé par amour la fille d'un armateur ruiné. Elle était fragile, fiévreuse, semblait promise a une jeune mort. Et, en effet, pendant sa deuxieme grossesse, dans un climat de brume, un accident obscur l'avait enlevée a vingt-neuf ans.
Andrée avait héiité de M. Ferrand la santé des manants francs-comtois dont il était issu. C'était une solide fillette, au teint brun, aux épais cheveux noirs. Son pere revoyait sur elle les yeux sombres, la chair ambrée, mais non la plaintive fascination de la morte. Andrée était gaie et concrete. A douze ans, elle commençait de donner des ordres a la bonne, de régler la dépense. Lorsqu'elle eut quinze ans, M. Ferrand se fit nommer a Paris, pour qu'elle put achever ses éludes.