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ÉCRIVAINS SOVIÉTIQUES-LECTEURS HONGROIS
LÁSZLÓ KARDOS
S'il est évident qu'il y a beaucoup de types d'écrivains soviétiques, il n'en est pas moins vrai qu'il y a aussi beaucoup de types de lecteurs hongrois, et si nous essayons de faire rentrer chacun de ces deux groupes, dans une catégorie homogene, nous faussons d'emblée la vérité, ou du moins nous simplifions par trop les choses. Néanmoins il nous paraît possible de parier de l'évolution des rapports intellectuels et spirituels des écrivains soviétiques et des lecteurs hongrois d'une maniere synthétique, c'est-a-dire sans mettre en relief les différences individuelles des variantes existant de part et d'autre. Il doit etre possible de tracer une image historique «a vol d'oiseau», des rapports des écrivains soviétiques et des lecteurs hongrois — plus simplement de l'attitude des lecteurs hongrois vis — a — vis de la littérature soviétique — , en insistant sur les traits essentiels, caractéristiques, et en esquissant seulement ce qui est moins important. C'est ce que nous allons tenter de faire dans l'article présent en reprenant quelques-unes des idées que nous avons exprimées dans des travaux antérieurs.
I.
La premiere phase des «rapports» se situe a peu pres dans les 25 années qui se sont écoulées entre la victoire finale d'Octobre et 1945. Durant les premieres années de cette époque le lecteur hongrois — si on emploie le terme pour désigner la masse — ne savait en réalité rien des écrivains et de la littérature soviétiques. Aucune oeuvre soviétique ne parvenait entre les mains du grand public, et ce n'est que tres lentement que, certains écrivains d'abord, puis plus tard quelques lecteurs, eurent connaissance de l'existence d'une littérature soviétique. Mais sans le vouloir, les écrivains hongrois, transmettaient également quelque chose de la littérature soviétique au public hongrois. Non pas sous forme de choix de textes soigneusement traduits ou sous celle d'informations dignes de confiance — ceci n'eut lieu que dans les années ultérieures a la contre-révolution — mais en s'appropriant et en reproduisant dans une certaine mesure la maniere de voir la vie et dans une plus grande mesure la conception littéraire des écrivains soviétiques. C'était loin d'etre conscient, et cela n'eut pas lieu a l'aide de références littéraires, mais un peu selon la loi et la technique physiologiques de la respiration.