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Préface
Chere Algérie : quel beau titre pour ce beau livre ! Chere, l'Algérie le fut en effet, au cour de millions de Français. Si ce qu'on appelle l'opinion publique a fini par admettre que tous les peuples de l'Union française étaient appelés a rompre, un jour, les liens qui les unissaient a la France, seul un petit nombre de Français pensait que l'Algérie faisait partie de l'Union française. C'est la raison pour laquelle, jusqu'au printemps 1956, les Français n'ont pas considéré, malgré la « Toussaint rouge », que les « événements d'Algérie », comme on les appelait alors, étaient un probleme important.
Depuis qu'Émile Zola avait écrit, en 1899, dans Fécondité: «Ce royaume appartiendra au laboureur qui aura osé le prendre, s'y tailler a son gré un domaine aussi vaste que la force de son travail l'aura créé », l'Algérie, c'était la France. Et entre l'Algérie et la France, proclamait Pierre Mendes France avant François Mitterrand, « il n'y avait pas de sécession concevable ».
Chere, l'Algérie le fut surtout, et c'est l'objet de cet ouvrage, au portefeuille du contribuable métropolitain. Tordant une nouvelle fois le cou a une complainte, dont la répétition finit par etre lassante, Daniel Lefeuvre démontre, sans contestation possible, que la France a plutôt secouru l'Algérie qu'elle ne l'a exploitée. Comme le rappelait, non sans malice, le sénateur du Vaucluse, M. Pellenc, en février 1956, « si la France fait en quelque sorte figure de tuteur pour les populations algériermes, ce n'est pas déroger a l'affection que le tuteur porte au pupille que d'établir les comptes et les charges de cette tutelle ».
Dénicheur de sources nouvelles, des archives jusque-la inexplorées de l'Armée aux archives d'entreprises, Daniel Lefeuvre renouvelle les approches et débusque les mythes. Il montre que l'immigration algérienne en France n'a correspondu a aucune nécessité économique, l'absence de quaUfication et de stabilité de cette main-d'ouvre nécessitant la mise en