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LAmérique abandonne la Lunepar Alain Ciroudirecteur de la rédaction de Ciel EspaceMars reste une destination "en ligne de mire" mais elle ne pourra etre atteinte sans la mise au point de techniques innovantesElN ne reverra donc pas de si tőt deshommes sur la Lune. Trente-huit ans apres la derniere expédition d'Apollo 17, dans les décors grandioses des collines de Taurus-Littrow le président Barack Obama a tranché dans le vif en supprimant le programme Constellation, qui prévoyait un débarquement lunaire vers 2020. Exit donc les lanceurs Ares 1 et Ares 5, la capsule Orion et le module d'alunissage Altair, toutes pieces indispensables au Meccano du retour conçu par la Nasa. Meme si une bonne dizaine de milliards de dollars ont déja été dépensés et que des images d'animation - conçues sous les deux présidents Bush -laissaient penser que l'engagement de ce programme était inéluctable H fallait etre bien naif - et ne pas lire Ciel & Espace - pour penser qu'un programme encore mal défini, basé pour une large part sur des technologies disponibles et nécessairement budgétivore, ne pouvait etre annulé. D'autant que, la crise économique aidant, le programme spatial américain, autrefois si populaire, ne dispose plus dans l'opinion publique d'une image d'intouchable. Pour la Nasa, le retour sur Terre est brutal. D'autant que, pour la premiere fois depuis 50 ans, le dogme du vol habité est mis a mal. Certes, la vie de la station internationale est prolongée jusqu'a la fin de la décennie - il faut profiter des opportunités scientifiques offertes par cette infrastructure orbitale, qui aura couté 115 milliards de doUars "' depuis 35 ans. Certes encore, le nouveau budget prévoit l'étude et la réalisation, via des sociétés privées.d'un moyen de transport d'équipages et de fret vers l'orbite basse. Mais, a l'horizon 2025, les astronautes américains n'auront plus de destinations et, peut-etre meme, plus de raison d'etre La rupture est violente, mais sans doute nécessaire. En partageant la vision des experts du rapport Augustine {"Le programme spatial habité américain est sur une trajectoire non viable. Il perpétue la périlleuse pratique qui consiste a poursuivre des buts sans leur attribuer de ressources"), la Maison Blanche adopte aussi une grande partie de leur point de vue sur le futur Mars reste une destination légitime, "en ligne de mire", mais elle ne pourra etre atteinte sans la mise au point de techniques innovantes. Sans une révolution totale des moyens du voyage spatial : carburants, moteurs, matériaux, systemes vie, etc Une nouvelle génération de fusées et de vaisseaux devra voir le jour pour rendre crédible le projet d'une mission internationale vers la planete rouge. D'ici la, l'observation de la Terre et de son climat, la surveillance du Soleil, la détection des astéroides géocroiseurs, l'exploration robot des planetes et satellites du Systeme solaire, et la mise sur orbite d'observatoires dédiés a l'étude de l'Univers placent la Nasa au service de la science, du public et de ses décideurs politiques. En mettant la balle "Lune" dans le camp de la Chine et de l'Inde, et en se retirant du terrain, Obama place la Nasa sur une orbite excentrique. On jugera, dans d'autres générations, si elle est le début d'une révolution copemicienne.(1) Chiffre estimé par Jacques Viiiain, historien de l'espace.