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PRÉFACE
Le soleil noir de Maupassant
Lire Maupassant, et meme dans les récits apparemment joueurs, rieurs, facétieux, c'est gouter au brouet noir du cynisme, de la cruauté, de la désillusion et du pessimisme. Il n'y a pas de rémission possible, donc pas d'espoir, pas de salut. L'existence est un cadeau ambigu dont chacun use comme il peut, c'est-a-dire plutôt mal, et de perte en échec, de malentendu en mensonge, de lâcheté en trahison, la vie déroule son collier de miseres dans la mélancolie, le marasme, la solitude et la peur. Souvent s'ajoute a ces circonstances la hantise ou la prémonition de la folie, qui est l'un des spectres choyés de Maupassant. Et pour couronner le tableau, voici la guerre détestable, avec son cortege honni de fausses bravoures, de laides glorioles, de lâchetés, de violences gratuites et d'abjections.
Bien sur il y a les farces, la plaisanterie, mainte situation burlesque : le rire. Mais c'est un rire de cynique, un rire sans bonheur, sans plénitude, — un rire jaune. La drôlerie s'exaspere du malheur de l'homme, — du malheur d'etre homme, — la farce ridiculise et abaisse, la gaieté tourne vite au pire. Que l'on se rappelle la facétie d'un curé, dans