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En plein milieu de l'Europe, une ville au nom imprononçable, Kecskemét, abrite l'un des lieux les plus magiques qui soient: le Musée Hongrois de la Photographie. L!on pourrait croire, a l'énoncé de ce titre quelque peu ronflant, qu'il s'agit d'une grande institution nationale, enracinée depuis des lustres dans cette patrie de la photographie qu'est la Hongrie.
La réalité est tout autre : initiative privée de deux des plus grands érudits de la photographie hongroise, Károly Kincses et Magdolna Kolta (déja commissaires de l'exposition Photographes made i Hungary, présentée a Arles en 1998), cette jeune institution a pu voir le jour en I99I grâce a la générosité de ses mécenes et donateurs, mais aussi et surtout grâce au travail fourni de ses créateurs qui, patiemment, ont rénové le bâtiment, acheté, recensé et exposé les oeuvres. La collection comprend aujourd'hui plus de 700 000 clichés, négatifs et objets de l'histoire de la photographie, dans un état de conservation idéal.
Lexposition Dans l'appartement de Kertés^a New York en est issue et, outre la rareté des pieces et ouvres présentées, constitue un ultime hommage au grand photographe hongrois, juif errant comme son compatriote Moholy-Nagy, de Paris tant aimée a New York tant haie.
Véritable lieu de mémoire de la photographie hongroise, ce Musée l'est aussi parce qu'il est abrité par une ancienne synagogue, dans une ville ou la totalité de la communauté juive a été exterminée pendant la seconde guerre mondiale. Cette coincidence particulierement poignante n'est peut-etre pas le fruit du hasard. Elle donne en tout cas a réfléchir sur l'omniprésence de la Mort dans un art qui, « en déportant le réel vers le passé [ ] suggere qu'il est déja mort, [ ] dans cette image qui produit la Mort en voulant conserver la vie » (Roland Barthes, La chambre claire^
Jean-Luc Monterosso Directeur de la Maison Européenne de la Photographie, Paris
Robert Lacombe Directeur-adjoint de l'Institut Français de Budapest