Bővebb ismertető
Avertissement
La présente édition du Dictionnaire de la langue française d'Émile Littré se distingue de toutes les éditions existantes par plusieurs caracteres particuliers qu'il nous est apparu techniquement indispensable d'observer.
Le but que nous nous étions assigné était en effet, de procurer au public cultivé un Littré qui conservât l'intangible richesse que l'on connaît et constituât a la fois un instrument moderne de lecture et de travail.
En un mot, nous avons voulu mouler l'admirable matériau légué par Emile Littré dans une forme qui fut la plus propre a l'usage auquel sa nature le destine. Dans cette vue, il convient d'abord de constater que si un dictionnaire constitue par définition un pôle d'orientation du lettré, et, dans sa matiere meme, comme un lieu géométrique de fréquentation assidue, le Littré offre la singularité d'etre aussi un ouvrage de lecture courante quasi-inépuisable. Quiconque l'a pratiqué s'en est aperçu, l'ayant consulté sur une définition ou sur quelque point d'usage tres précis, et s'est aussitôt trouvé piégé, pris entre cent curiosités, cent tentations d'aller toujours plus avant, l'oeil et l'esprit incessamment sollicités, a vrai dire ravis. Cette fascinante vertu, a quoi l'on reconnaît les chefs-d'ouvre, exigeait qu'en plus des dispositifs nécessaires au parfait fonctionnement d'un instrument sans égal, le Littré fut doté d'un apparat agréable, élégant et discret. Pour ces raisons, l'éditeur s'est gardé de plusieurs dangers ou verser eut été soit un sacrifice total au maniement, soit un abandon a un maniérisme qui n'est guere indiqué lorsqu'il s'agit d'un dictionnaire. Il fallait donc faire un dictionnaire qui ne fut ni une fruste machine ni un réceptacle trop précieux. C'est pourquoi, nous fondant sur les principes d'usage impliqués par l'ouvre, nous présentons un Littré complet de faible encombrement. Chaque volume, solidement relié, et -imprimé tres lisiblement sur un papier sec, préparé a l'épreuve de manipulations sans nombre, est accommodé de façon utile dans toutes ses parties. C'est ainsi qu'au lieu de charger la couverture de décorations superflues, nous avons affecté a celle-ci le rôle d'échelle alphabétique extérieure. Partant du dos ou du plat, le doigt ou l'oil suit jusqu'a la tranche la ligne qui conduit au rectangle noir d'épaisseur réservé a chaque lettre. Ouvert ou fermé, et quelle que soit sa position, le dictionnaire indique donc en permanence, avec précision, les «étages» ou l'on doit rechercher les mots. De cette disposition « fonctionnelle » et de celle-ci seule-
Préface
n y a cent soixante-dix ans que l'auteur anonyme de la préfece du Dictionnaire de Furetiere (Furetiere était mort avant la publication de son livre) disait : « Le public est assez convaincu qu'il n'y a point de livres qui rendent de plus grands services ni plus promptement ni a plus de gens que les dictionnaires; et, si jamais on a pu s'apercevoir de cette fevorable disposition du public par les fréquentes réimpressions ou par la multiplicité de cette sorte d'ouvrages, c'est surtout en ces dernieres années; car a peine pourroit-on compter tous les dictionnaires ou réimprimés ou composés depuis quinze ou vingt ans. Rien donc ne pourroit etre plus superflu que d'entreprendre ici la preuve si souvent donnée par d'autres de l'utUité de cette sorte de compilations. »
Rien n'a changé depuis lors; les dictionnaires ont continué a se faire et a se refaire, et le public a continué de les accueillir et d'en user. Ajouter a ce genre de compositions une composition de plus pour quelque amélioration que l'on imagine et que l'on exécute, est donc chose ordinaire. Pourtant, comme un dictionnaire de la langue française, meme lorsqu'il porte le moins le caractere d'une élaboration originale et le plus celui d'une compilation, est toujours une ouvre et bien longue et bien lourde, je ne me serais pas décidé â me détourner de mes études habituelles et a consacrer vingt années a une pareille entreprise, si je n'y avais été entr^é par le plan que je conçus. C'est donc ce plan qu'il importe d'exposer aux lecteurs ; car il renferme toute la cause, si je puis ainsi parler, de ce dictionnaire. Un plan, quand il apparaît a l'esprit, le séduit et le captive, il est tout lumiere, ordre et nouveauté ; puis, lorsque vient l'heure d'exécution et de travail, lorsqu'il faut ranger dans le cadre et dans les lignes régulieres qu'il présente, la masse brute et informe des matériaux amassés, alors commence l'épreuve décisive. Rien de plus laborieux que le passage d'une conception abstraite a une ouvre effective. Mais, quoi qu'il advienne de celle-ci, un plan qui a changé le point de vue habituel et haussé le niveau a pu seul m'engager dans ce travail qui a la son originalité principale.
Avant tout, et pour ramener a une idée mere ce qui va etre expliqué dans la Préface, je dirai, définissant ce dictionnaire, qu'il embrasse et combine l'usage présent de la langue et son usage passé, afin de donner a l'usage présent toute la plénitude et la sureté qu'il comporte.