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ECHOGRAPHIE DE L'ARGOT par Claude Duneton
Qu'est-ce que l'argot aujourd'hui ? - Des mots pour rire, a sourire pour la plupart des gens, et qui évoquent chez quelques-uns le souvenir ému de temps anciens Peut-on meme parler d'argot pour la langue décorsetée qui est celle de notre époque ? Existe-t-il encore une zone langagiere frauduleuse a mettre a l'index des discours et des publications ? C'est douteux. Ou alors il faut croire que la notion d'argot s'est tellement étendue en ce xxi" siecle débutant qu'elle s'est vidée de son sens véritable.
L'argot, le vrai, le dur argot des temps jadis, c'est ce langage codé créé par les tire-laine, les voleurs de tout acabit, les bandits de grand chemin et de vaste plaine tels qu'on les connaissait aux xvi*^ et xvii® siecles. C'était le jargon des dangereux occupants de la cour des Miracles, a Paris, la canaille patentée, les faces de pilori qui hantaient les coins mal famés de la grande ville - un langage de sectes du mal, destiné a tromper le monde. Tromper le pante, paysan ou bourgeois, l'homme a plumer ou a occire (dit aussipantre). Déchiffrer une phrase comme : C'est un pantre, il tortille avec des louches de sabri. C'est un rustre, il mange avec des cuillers de bois [1821] n'est pas a la portée du premier enfant de chour venu. Et il faut un traducteur pour éclaircir le sémantisme de sabre (ou sabri) : une saliverne de sabre (1628) est une « écuelle de bois », et le coin du sabre, le « coin du bois ».
Cet argot des durs - des bagnes - des prisons, des galeres demeura secret tout au long du xviii® siecle, dans les bandes de malfaiteurs plus ou moins organisés ; les meurtriers et les pillards de l'époque révolutionnaire étaient des assassins mondains qui utilisaient au contraire un vocabulaire hautement philosophique et humanitaire, loin des affreux bas-fonds. En 1800, l'histoire du proces retentissant des « chauffeurs d'Orgeres » (un village d'Eure-et-Loir), publiée avec sa phraséologie spéciale par le greffier du tribunal de