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LA FAIENCE
L'ART DE LA FAIENCE
Pages de titre: A gauche : Suzanne et les vieillards. Plat a bordure mixtiligne. Sur son bord inférieur, l'inscription : «GRATAPAGLIA FE (cit) TAU (vini). Turin, m 1725. 0 .¦ 40 cm. Turin. Musée Civique.
A droite ; Assiette a décor de motifs végétaux inspirés de l'Orient, avec au verso, la coupole stylisée de Santa Maria del Fiore. Médiás, vers 1575-1587. Londres, yictoria and Albert Museum.
C'est a la petite ville italienne de Faenza, que revient l'honneur d'avoir donné son nom a la matiere céramique appelée a la plus brillante carriere dans le monde occidental. Le meme mot «faience» «fayence» «favence» etc. avec quelques variantes orthographiques se retrouve dans tous les vocables européens.
Son synonyme, «maiolica» (majolique) en usage des le xvi° siecle ne s'appliquait a l'origine qu'aux seules faiences revetues d'un lustre métallique, alors importées en abondance de Valence en Italie avec les tissus et autres marchandises par l'intermédiaire des navires de l'île de Majorque. Cette étymologie, maiorca-maioUca, semble plus simple et plus directe que celle parfois admise aussi de Malaga qui implique une interversion de syllabes. De toute façon, c'est reconnaître le rôle de trait d'union joué par l'Espagne mauresque dans la transmission d'une tres ancienne technique venue du monde islamique du Proche-Orient.
La «faience», telle qu'on la fabriquait a Faenza, est une poterie tendre recouverte d'une couche d'émail rendu opaque par l'addition d'oxyde d'étain (l'émail slanni/ere), se pretant tout particulierement a recevoir un décor peint a l'aide de pigments tirés d'oxydes métalliques, et fixé par la cuisson. Les Italiens de la Renaissance ont porté le procédé a sa plus haute perfection et possedent, depuis la fin du xv° siecle, une absolue maîtrise technique.
De précieux renseignements a ce sujet nous sont fournis par le traité technique «U tre libri del
arte del vasaio (Les trois livres de l'art du potier) rédigé et illustré de nombreux dessins par le chevalier Cypriano Piccolpasso de Casteldurante au milieu du xvi" siecle. Il décrit en détail chaque opération, le choix et la préparation de l'argile, son façonnage sur le tour, l'émaillage, le plus souvent par immersion de l'objet (au préalable légerement cuit afin de ne pas se déformer) dans le bain d'émail ou «bianco» semi-liquide.
C'est a ce stade, apres séchage, que la faience recevait son décor peint ; travail délicat, exigeant une grande dextérité en raison de la fragilité de la surface pulvérulente de l'émail cru, absorbant les couleurs.
Piccolpasso indique toutes les recettes utilisées pour la composition des couleurs. Le bleu de cobalt (au début importé d'Orient, d'ou son nom de «zaffera » en italien, qui serait une déformation du terme persan «al-safra» désignant le minerai de cobalt), joua tres tôt un rôle capital. Le violet, plus ou moins foncé, tiré du manganese qui se trouvait en assez grande abondance dans le sol italien, notamment en Toscane, et le vert de cuivre sont employés seuls, en contraste, sur tout un groupe de faiences archaiques du xtV siecle.
Une couleur va bientôt enrichir les harmonies jusque-la utilisées. Les jaunes deviendront tres importants a partir du xV siecle et leur accord avec le bleu caractérise la palette de la majolique classique de la Renaissance. Ces jaunes a base d'antimoine (des mines d'antimoine sont citées dans la région de Sienne) présentaient une gamme étendue du jaune paille clair au jaune orangé tres