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PRÉFACE
La visite au grand écrivain est un genre ridicule, a peine sauvé par l'insolence. On se souvient de Cravan déclarant a Gide qu'il préférait de beaucoup la boxe a la littérature, et, lui ayant demandé fort civilement « Monsieur Gide, oil en sommes-nous avec le temps », obtenant l'heure exacte, apres quoi il ne lui restait plus qu'a prendre congé. Heureusement, Jean d'Ormesson ne se prend pas pour un grand écrivain, ce qui rend les choses plus faciles.
Je sais aussi que c'est une curieuse démarche que celle qui consiste a aller chercher directement aupres d'un écrivain les réponses qu'il donne par ses livres; ou, plus exactement, de chercher des réponses au lieu de lire ces livres qui donnent a voir la vie bien autrement que comme la matiere d'un interrogatoire - bien autrement, et plus justement. Que Jean d'Ormesson se soit beaucoup intéressé a lui-meme n'est pas une excuse. Un romancier peut avouer ses sources, il ne se possede plus, et s'il parle, il n'avoue rien, jamais rien. Les romanciers ne sont pas des déménageurs chargés de fardeaux existentiels et soufflant sur le chemin du réel a l'imaginaire. Leur vie réelle n'a plus d'intéret : ils ont écrit.
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