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PRÉFACE
Il y a cinq ans déja que paraissait le dernier Guide Bleu Grece, conçu selon une formule entierement renouvelée : cinq ans au cours desquels nous avons pu vérifier, aupres de nos lecteurs, qu'ils soient des professeurs, des étudiants, ou plus simplement des touristes désireux de se retremper aux sources de notre civilisation, combien cette formule répondait a leurs voux. L'extraordinaire succes de cette édition 1962, maintes fois réimprimée, nous faisait un devoir de poursuivre et de recommencer notre effort de constante mise au point. D'ou cette édition 1967 que j'ai l'honneur de présenter a notre fidele public.
Certes, la Grece héroique et mythologique qui, longtemps, a soutenu avec le monde scientifique de Jules Verne une lutte victorieuse, se trouve aujourd'hui supplantée dans l'esprit des jeunes par les réalités du cosmos. En ce siecle pratique qui semble défier les poetes et leur imagination, Pégase est étique et les nuages qui s'amoncellent au sommet de l'Olympe ne sont plus la manifestation d'un courroux divin mais seulement le présage de variations atmosphériques. Toutefois, si les dieux sont morts, l'âme grecque, elle, est toujours vivante; elle vibre en harmonie avec la nature. Nous la retrouvons dans les vallées verdoyantes ou arides comme sur les cimes dénudées, dans les jeux de l'ombre et du soleil; elle bat sous le péplos d'une Coré ou sous la tunique de l'aurige, mais, surtout, elle se manifeste dans cet admirable équilibre des proportions qui séduit l'oil et enchante l'esprit. Il est vrai que le voyageur du xx® siecle a d'autres soucis, mais qui pourrait demeurer insensible au spectacle de la beauté? Celle-ci s'offrira a lui de tous côtés et le surprendra par quelque trait, sans meme qu'il en ait conscience. L'histoire est vieille, sans doute, de cette Hélene de Sparte qui pour les Anciens personnifiait la Beauté, et dont le destin était de montrer a l'humanité la gravité de l'amour. Pourtant l'infortune de Ménélas et ses suites tragiques n'effaceront jamais son souvenir de la mémoire des hommes, et elle trouvera toujours, pour s'intéresser a son sort, des juges conquis d'avance par ses charmes. « La beauté — écrit ailleurs M. Flaceliere^ — ne serait-elle pas, aux yeux des Grecs, une « grâce » divine, la plus précieuse et, en meme temps, la plus redoutable de toutes ? »
Mais quelles que soient les raisons qui l'attirent en Grece, le voyageur est assuré d'y trouver, avec l'agrément d'un climat méditerranéen et les plaisirs qu'il offre au sportif comme au simple promeneur, ces joies de l'esprit qui ne sont pas perdues pour tout le
1. L'Amour en Grece (Hachette).