Bővebb ismertető
PREFACE
Remonter a contre-courant l'histoire de notre littérature, ainsi qu'on remonterait le cours d'un fleuve en allant de son embouchure a sa source, n'est pas une entreprise aussi paradoxale qu'elle le paraît aux yeux d'un lecteur pressé ou superficiel; non plus qu'une recherche singuliere dans son propos et dans ses moyens, des caracteres essentiels de cette littérature et des constantes qui se manifestent a chaque période de sa vie.
Puisque les littératures vivent, aussi bien que les individus, les États, les peuples et les civilisations, traversant des crises de croissance, échappant aux maladies d'enfance, s'épanouissant dans leur solaire maturité, s'attristant et s'épuisant de leur déclin, il est juste de considérer que l'histoire d'une teUe vie ne peut etre estimée, achevée — provisoirement — qu'au moment meme ou l'on écrit sa « biographie », et que cette vie, comme celle des hommes, ne prend son véritable sens que si l'on regarde en arriere, aussi loin que son point de départ, pour mesurer et juger le chemin parcouru.
Replacer ses pas dans les traces anciennes, refaire le trajet du temps jusqu'a son commencement, observer l'évolution d'un art dans les deux directions suivant lesquelles elle peut etre étudiée, tout cela aboutit, en définitive, a nous rendre le passé plus vivant, a nous faire mieux comprendre son actualité, et a nous expliquer, avec quelle convaincante force, a quel point certains de nos contemporains les plus actuels et les plus modernes, sont déja des classiques, non pas en puissance, mais en fait.
En toute circonstance, et cela est sans doute vrai pour les arts plastiques et pour la musique autant que pour la littérature, l'analyse des moyens d'expression et des idées que ces moyens expriment, des structures, des formes, des styles, des techniques, en meme temps que de la pensée, de la sensibilité et des mours' qui trans-pciraissent a travers le vetement formel, n'est exacte qu'autant qu'elle enregistre rigoureusement la continuité qui dure a travers les variations et les mutations. A ne vouloir, toujours, raconter la vie d'un art que dans l'unique sens de sa naissance a son état présent, on entretient une inclination fâcheuse, dans le grand public, a croire que cette évolution est un progres; comme si, chez l'etre vivant, l'adulte était nécessairement supérieur a l'adolescent, et le vieillard a l'enfant. Au contraire, renverser l'ordre habituel, atteindre le lieu des sources apres avoir étudié, en chemin, tout ce qui a jailli de ces sources, les provinces que les ruisselets devenus rivieres et