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Préface
La rédaction d'une histoire générale du socialisme en langue française répond, semble-t-il, a un pressant besoin. Certes^ la grande ouvre de l'historien anglais G. D. H. Cole, Socialist Thought, en sept volumes, parus entre ig^o et i960, demeure un instrument de travail irremplaçable ; mais, si remarquables que fussent certains chapitres, elle souffrait d'avoir été écrite par un seul homme, qui, de son propre aveu, ne disposait que de la connaissance de l'anglais et du français. Certes, il existait également de vastes monographies de l'histoire du socialisme dans certains pays, Max Beer pour l'Angleterre, Franz Mehring pour l'Allemagne, plus récemment Aldo Romano pour l'Italie. Mais, en langue française, l'on devait toujours se reporter a Elie Halévy, Histoire du socialisme européen ( 1948), qui, si perspicace sur certains points, n'en était pas moins issu de notes rassemblées par des éleves d'apres un cours professé a l'Ecole des Sciences politiques.
Cependant une histoire générale du socialisme, meme si elle devait etre l'ouvre collective de plusieurs spécialistes, tous Français il est vrai, posait de tres sérieuses difficultés, tant du point de vue du contenu que de la composition et de la méthode. D'abord que signifiait le terme de socialisme? Entré vers 1830 dans les langues européennes, il recouvrait cependant des réalités beaucoup plus anciennes ; il était donc indispensable de remonter jusqu'aux sources lointaines, jusqu'aux contemporains de Platon et meme jusqu'aux civilisations les plus reculées de l'Extreme-Orient. A donner du socialisme une définition trop étroite, c'est-a-dire en le présentant comme une doctrine qui a pour but l'abolition de la propriété privée, source de toutes les inégalités et de toutes les injustices, l'on risquait d'exclure de cette étude tous les mouvements qui n'étaient pas strictement collectivistes, et en particulier le socialisme démocratique ou réformiste ; et surtout l'on ne tenait pas compte des deux tendances opposées vers lesquelles s'orientent les penseurs socialistes, les uns allant vers l'anar-chisme, les autres vers l'étatisme selon une contradiction qui aujourd'hui meme n'ets pas résolue. Enfin il était nécessaire d'inclure dans cette étude celle du mouvement