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AVANT-PROPOS
Le 16 juin 1958, a l'aube, les gardes de la prison de Budapest conduisaient a la potence un homme de 62 ans : Imre Nagy. Plus de quarante ans de cette vie, que le bourreau enlevait, avaient été consacrés au service du mouvement communiste. Selon le verdict prononcé la veille contre lui, Nagy aurait organisé et mené une conspiration contre-révolutionnaire, afin de renverser le régime communiste en Hongrie. Quant a lui — et probablement jusqu'a son dernier souffle — il se disait et se croyait communiste.
Lorsque, le lendemain matin, l'opinion publique apprit la nouvelle, un phénomene étrange et inattendu se produisit. Exception faite des extrémistes staliniens et fascistes, tout le monde, de la gauche a la droite, se retrouva unanime devant son cadavre, voyant en lui en quelque sorte un proche, un peu son mort. Des communistes convaincus aux anti-communistes non moins convaincus, une foule immense, en deuil, honorait en lui le martyr, celui de la révolution hongroise noyée dans le sang, celui de la liberté aussi. Dans le bruit de l'indignation générale, des voix aussi disparates que celle de Jean-Paul Sartre ou de Denis de Rougemont s'élevaient. Les journaux communistes, tels Borba, condamnaient l'assassinat politique et Le Figaro en faisait autant. Le maréchal Tito protestait, le chancelier Adenauer aussi et certainement pas pour les memes raisons. Les cartes étaient a tel point brouillées, qu'il n'est pas facile de démeler le jeu de chacun.
Juger Nagy selon n'importe quel critere est chose aisée ; le comprendre est beaucoup plus difficile. Aux yeux des néo-staliniens il passe facilement pour un traître ; aux yeux des communistes dits nationaux, pour un homme qui partage leurs idées. Les sociaux-démocrates reconnaissent sans peine en lui le réformateur socialiste, comme les démocrates dits bourgeois le considerent comme l'un des leurs qui s'ignore. Les fascistes, eux — pour des motifs différents, il est vrai — rejoignent les staliniens en disant que ce bolchevique