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Le grondement du fleuve monte derriere la maison. La pluie bat les carreaux depuis le commencement du jour. Une buée d'eau ruisselle sur la vitre au coin felé. Le jour jaunâtre s'éteint. Il fait tiede et fade dans la chambre.
Le nouveau-né s'agite dans son berceau. Bien que le vieux ait laissé, pour entrer, ses sabots a la porte, son pas a fait craquer le plancher : l'enfant commence a geindre La mere se penche hors de son lit, afin de le rassurer ; et le grand-pere allume la lampe en tâtonnant, pour que le petit n'ait pas peur de la nuit. La flamme éclaire la figure rouge du vieux Jean-Michel, sa barbe blanche et rude, son air bourru et ses yeux vifs. Il vient pres du berceau. Son manteau sent le mouillé ; il traîne en marchant ses gros chaussons bleus. Louisa lui fait signe de ne pas s'approcher. Elle est d'un blond presque blanc ; ses traits sont tirés sa douce figure mouton est marquée de taches de rousseur ; elle a des levres pâles et grosses, qui ne parviennent pas a se rejoindre et qui sourient avec timidité ; elle couve l'enfant des yeux, — des yeux tres bleus, tres vagues, ou la prunelle est un point tout petit, mais infiniment tendre.
L'enfant s'éveille et pleure. Son regard trouble s agite. Quelle épouvante ! Les ténebres, l'éclat brutal de la lampe, les hallucinations d'un cerveau, a peine dégagé du chaos, la nuit étouffante et grouillante qui l'entoure, l'ombre sans fond d'ou se détachent, comme des jets aveuglants de lumiere, des sensations aiguës, des douleurs, des fantômes : ces figures énormes qui se penchent sur lui, ces yeux qui le pénetrent, qui s'enfoncent en lui, et qu'il ne comprend Pas ! Il n'a pas la force de crier ; la terreur le cloue immo-