Bővebb ismertető
PRÉFACE DE
JEAN-LOUIS BARRAULT
Quand je pense a la Commedia deU'Arte je revois mon maître Charles Dullin, tout ramassé sur sa maigre chaise de paille, au milieu de ses éleves. Ses yeux brillants se vrillaient sur sa pensée, ou suivaient, jouisseurs, les envolées de son imagination. Nous, bouches bées, nous les recevions de confiance, tandis qu'il nous inoculait a cet instant-la le virus bienfaisant de r Improvisation.
Il fallait voir sa bouche s'humecter d'envie et ses levres minces se retrousser d'un sourire affamé quand il nous énumérait les différents personnages de la Commedia deU'Arte et particulierement les deux noms enchanteurs du Z®"" Zani et du 2® Zani! Déja déformé par la maladie, accentuant encore cette déformation dans son désir d'épouser toute la Commedia deU'Arte, Dullin avait l'air d'une réincarnation « en chair et en os » d'un dessin de Jacques C allot.
Comme un sorcier il faisait résonner en nous tout le mystere de ces mots magiques : Commedia deU'Arte (avec 2 m), Improvisation, Zani, Pulcinella, etc., etc
Dire qu'il nous en livrait le secret, ce serait exagéré; nous ne le méritions sans doute pas; mais il nous en faisait sentir la poésie, poésie encore embellie je crois par l'apport précieux de sa poésie personnelle, que je n'oublierai jamais.
Ensuite, il nous faisait faire nos premiers pas dans les dédales de l'improvisation. Juste de quoi nous faire toucher du doigt a quel point c'est un art difficile. J'aimais qu'il nous demande de représenter des animaux. J'aimais rendre aux animaux leur humanité et dénoncer par contre, l'animalité des hommes. Ce rond de cuir de ministere, fait de poussiere et de lustrine, tient-il du corbeau ou de la souris? Ces deux dames papotant a Nice, sur la Promenade des Anglais, sont-elles autruches dans un Zoo? Peu a peu sur chacun nous apparaissait l'animal correspondant a nos natures : ici, d'un col entouré d'une cravate s'élevait une tete de bélier, la un cheval, derriere moi un lion, des chattes un peu dans tous les coins ; mes camarades m'attribuaient le loup, une jeune femme me gratifiait du puma il y avait du félin en elle!
Ainsi naissait en nous le gout de la métamorphose sans quoi il n'y a ni poésie ni art.
En meme temps se posait le colossal probleme du personnage.
Mais l'univers sans limites de la Commedia deU'Arte gardait pour nous tout son mystere. Dullin nous indiquait les précieux travaux de Monsieur Duchartre, nous les lisions avec avidité; néanmoins, entre les indications vivantes certes, mais précaires, plus instinctives qu'orientées, de notre maître, et l'extraordinaire documentation que nous fournissait Monsieur Duchartre, il y avait un énorme blanc. Nous aurions été bien incapables d'ins-