Bővebb ismertető
Introduction
La correspondance offre une source commune et clairement identifiée par toutes les contributions de cet ouvrage. Une lettre demande souvent une réponse et suscite l'échange régulier, elle met en mouvement des personnes privées qui peuvent appartenir a des réseaux familiaux, intellectuels et scientifiques. Parce que la lettre reste une conquete de l'intime, c'est bien, selon Femand Braudel, « une histoire anonyme, profonde et souvent silencieuse »'. Néanmoins elle supporte aussi les découvertes scientifiques, les idées politiques nouvelles, les impressions esthétiques ou relie tout simplement un auteur a ses lecteurs, un marchand a ses clients. A l'époque moderne, « la lettre était souvent lue dans les sociétés savantes avant d'etre recopiée et imprimée elle se situait ainsi en aval et en amont de la création littéraire ou de l'innovation scientifique, elle était par essence un acteur de la mobilité des idées. Mais en s'offrant au regard des autres, elle contribuait également a faire germer les nouveautés, a rapprocher les points de vue ou tout simplement les personnes, facilitant par exemple les rapports matrimoniaux ou les relations amicales. Cette simple réalité permet alors de saisir une histoire qui dépasse l'histoire individuelle pour aborder le groupe jusqu'a l'ensemble d'une société, et de s'intéresser a des identités diverses. La correspondance secrete politique et littéraire ou mémoires pour servir a l'histoire des cours, des sociétés et de la littérature de Louis François Metra avait peut-etre déja cette ambition a la fin du XVIIF siecle.
Le projet qui a donné naissance a cet ouvrage a tenté de reprendre et de s'adapter aux problématiques renouvelées par Pierre-Yves Beaurepaire, Jens Haseler et Anthony Me Kenna^ La correspondance étant d'abord un moyen utilisé par un individu pour pénétrer un réseau de relations aux fonctions diverses, le premier enjeu est de souligner le poids des correspondances privées et familiales mais la correspondance, « route invisible » vue par
' F. Braudel, Ecrits sur l'histoire, Paris, Flammarion, 1969, p. 21. ^ D. Roche, « Réseaux des pouvoirs, pouvoir des réseaux dans l'Europe des Lumieres », P. Y. Beaurepaire (dir.), La Plume et la Toile, Arras, PU, 2002, p. 18.
' P. Y. Beaurepaire, J. Häseler, A. Mac Kenna (dir.), Réseaux de correspondance a l'âge classique, Saint-Etienne, PU, 2006.