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L'abeille et le papillon
Dans un des rares moments d'effusion ou, en dépit de la réserve pudique propre a sa personne et a son époque, La Fontaine livre en confidence son jugement sur lui-meme, sur son génie et sur son ouvre, il se décrit en ces termes :
Je m'avoue, il est vrai, s'ilfaut parler ainsi Papillon du Parnasse, et semblable aux abeilles A qui le bon Platon compare nos merveilles. Je suis chose légere, et vole a tout sujet ; Je vais de fleur en fleur et d'objet en objet.
Ces vers tardifs qu'il dédia en 1685 a sa plus fidele et amicale protectrice, Mme de La Sabliere, sont célebres. Leur célébrité ne doit pourtant pas occulter leur richesse de nuances et d'implications. D'une part, s'y associent l'allusion bonhomme a la palette du peintre animalier (abeilles et papillon) et l'allusion savante a sa culture humaniste et néoclassique (Platon et le Parnasse). D'autre part, la métaphore derriere laquelle se masque et se découvre le poete suggere, jusqu'aux limites de la cohérence, la double nature d'un génie a la fois frivole et fécond : les voltiges du papillon exaltent la seule grâce de son vol aisé et capricieux, l'effervescente activité de l'abeille participe a la profitable alchimie de la ruche industrieuse. L'image prend ainsi en compte l'ambivalence d'un génie divers par étourderie et fertile par sa diversité ; la dualité d'une esthétique alliant, selon le précepte d'Horace, l'utilité de l'instruction méditée a l'agrément de la délectation sensible ;