Bővebb ismertető
«t'o-'i' /
ai'i J ' ^.
njMMi^MEi
par MAURICE HERZOG
Chef de l'expédition française a VAnnapuma. Ancien Secrétaire d'État a la Jeunesse et aux Sports
S'agit-il ici d'une aventure des lors que tout nous apparaît prédestiné? L'inattendu est-il de mise des l'instant que notre évolution est guidée dans ses moindres implications avec une logique implacable ? Les mots de providence, de hasard et meme de miracle, viennent a l'esprit. Bien sur, ils sont lourds de signification. Us sous-entendent et préfigurent la réponse majeure que chacun d'entre nous entend donner au mystere de l'origine et de l'évolution de la terre. On ne saurait considérer séparément l'homme et !a terre. Les civilisations se sont en effet toutes interrogées sur l'origine de notre planete. Sur ces mysteres sont basées les religions. Faute d'apporter une explication scientifique, les hommes ont imaginé des hypotheses. Ils ont trouvé souvent un apaisement dans la foi en une puissance divine. Parfois, au contraire, ils dénient par avance toute valeur aux édifications spirituelles.
Or, « l'explication » religieuse, si tant est qu'il y en ait une, est loin d'etre exclusivement mystique ou métaphysique. La réalité de la terre est la. Symboliquement, le Bouddha prend la terre a témoin en la touchant. Ce geste est de toute évidence primordial. Son sermon du Parc des Gazelles ne constitue aucunement une élucubration hors du concret.
Cet ouvrage traite si excellemment de l'histoire de la terre que le lecteur est conduit a se poser sans cesse la question : pourauoi? A notre instar, des générations et des générations se sont, dans le passé, interrogées. Elles ont entendu y donner diverses réponses. Les unes sont d'essence métaphysique. Elles découlent d'une angoisse que la justice de l'au-dela ne parvient guere a dissiper, sinon pour le héros de Rudyard Kipling mourant avec joie et espoir puisqu'il doit etre réincarné dans un etre meilleur et plus grand. Aucun homme-Dieu comme Jésus-Christ, ni simplement des hommes comme Bouddha, Mahomet ou Confucius, ne sont apparus dans ces religions
"OMS révéler l'essence meme de ces mysteres. L'hindouisme, le judaisme, les religions é^ptiennes, issus le plus souvent de croyances et de mythologies primitives et meme archaiques, sont inspirés par la crainte ou l'adoration — parfois les deux en meme temps — des éléments naturels comme le soleil, ta lune, la terre, la mer, l'eau, la foudre, la pluie Ainsi en est-il dans les panthéons grecs ou latins. Ainsi également pour les cosmogonies mayas et incas.
Qu'elles soient révélées par un intercesseur dont le rôle est souvent de faire prévaloir et triompher l'amour des autres, qu'elles soient non révélées et dans ce cas l'angoisse métaphysique l'emporte sur toute autre préoccupation, ces religions ne doivent nullement ex-cjure la réponse que d'autres hommes apportent a leur inquiétude. Ainsi l'animisme par exemple pour les tribus africaines, que nous avons bien tort de considérer comme une croyance sommaire puisqu'elle est essentiellement incarnée dans l'homme paré de ses vertus et de ses pouvoirs.
Le constat le plus troublant est sans nul doute, pour l'homme, son accueil organisé sur la terre. Nulle température excessive : le spectre des températures admissibles pour lui est minuscule par rapport aux écarts absolus. Pas de pression qui rende la vie difficile : la densité de l'air, donc de l'oxygene entre 0 et S 000 m, offre des différences infimes si on la compare a l'écart existant entre le vide et les pressions considérables dont la terre nous fournit maints exemples. L'hygrométrie n'est-elle pas, de son côté, sans effet significatif sur l'organisme ctu'il y ait sécheresse ou saturation? Comme par enchantement, les radiations dangereuses provenant du cosmos sont arretées ou détournées par les fameuses ceintures van Allen. Bref, tout semble prévu, organisé et réalisé sur la terre pour que l'homme s'y épanouisse. Pour lui, il y a peut-etre des micro-dangers, mais pas de macro-risque. Oui, rien ne fut oublié. Jusqu'aux ressources alimentaires assurant la subsistance de l'humanité et meme, par anticipation, les richesses métalliques, pétrolieres et autres du sous-sol, si indispensables aux sociétés contemporaines. Sont-ce la encore la providence, le hasard ou le miracle qui ont prévu, au gré des temps, cette surprenante adéquation de l'homme a la terre ou de la terre a l'homme?
Ainsi, tout est équilibré depuis la mot des temps. Tout ce qui transforme et tout ce qui dégrade est hors la loi de la terre. L'héritage du patrimoine doit etre respecté. Mais l'humanité aussi. Son droit sacré a l'utilisation de la nature terrestre doit etre reconnu et proclamé. Il y va de la dignité de vivre et de la continuité de l'espece. Ainsi n'en doutons pas, retrouverons-nous sans cesse de nouveaux états d'équilibre.
Botticelli avait raison. L'acte naturel est beau. Sa Vénus sortant de la mer illustre parfaitement notre globe enfantant l'humanité. Puissent les lecteurs de cet ouvrage méditer ce qu'ils découvriront dans ce livre. La beauté est dans l'oil, non dans les formes et les couleurs. La foi est dans le cour et non dans l'aride logique. La volonté de survivre, quant a elle, est bien dans les profondeurs insondables de l'hérédité.