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I. LES TROIS
Tiassili Bortnikov était resté deux ans a l'hôpital a la suite d'une !grave blessure au cerveau. Faible comme un enfant, abîmé dans une souffrance sans nom, il n'avait pas écrit un mot aux siens, car il n'aurait pu leur apporter que chagrins.
D'un camarade de l'armée retrouvé a l'hôpital, il apprit que son régiment l'avait porté tué et en laviait lavisé sa femme Avdotia,
— Si je lui écrivais que tu es viviant ? demanda son camarade.
— Pas de raison qu'elle m'enterre deux fois, répondit Vassili en desserrant avec peine ses mâchoires contractées piar l'habitude de la douleur. Elle m'a pleuré une fois, cela suffit.
En 1946 un professeur de Batoumi tenta sur lui'une opération risquée et presque sans espoir.
La guérison fut miraculeuse. Son corps robuste, heureux d'avoir recouvré la faculté de se mouvoir, reprit des forces avec une rapidité inconcevable.
Vassili avait peine a croire a la sécurité de son bonheur inattendu. Il se fit délivrer son exéiat, sans rien communiquer a sa famille, prit l'iavion pour Moscou, et vingt-quiatre heures lapres il roulait dans un train de banlieue a travers son pays natal.
Plus Vassili approchait de chez lui, plus le poignait le souci de sa femme et de ses enfants.