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Le romancier hors les murs
Terrains vagues de l'histoire : des monuments plus ou moins détruits qui regardent avec une ironie lointaine, parfois désespérée, les fievres informes du présent; des livres maintes fois recopiés, refaçonnés, dont le verbe a traversé les siecles et dont le message nous parvient couvert de masques et d'obscurités; des cimetieres enfin, avec leur paix mauvaise, leur silence, leurs fleurs abstraites. Dans les métropoles modernes, les cimetieres sont les banlieues de lu vie et de la ville, jardins intemporels dont les pierres noires, solennelles, sont le refuge d'étranges zoologies oii les insectes, les oiseaux et les rats font leur pâture des corps dont le cour a cessé d'entretenir le feu. Dans les campagnes, ils sont comme l'humus d'une terre qui n'en finit jamais de se changer. Les morts ici ne se décomposent pas, ils se minéralisent, constituant de génération en génération une géologie secrete, riche de pierres miroitantes ou les vivants reconnaissent leur visage et leurs nécessités.
Urbains ou ruraux, ces cimetieres ne sont qu'un dérisoire fragment de l'immense champ imaginaire ou dorment, de quel sommeil, tous ceux qui avant nous ont eu leur part de l'aventure humaine. Dans le silence de ces jardins de la mort, dans cet espace neutre ou le jour et la nuit volontiers se confondent, quelqu'un parle. Mais qui.^ Chacun entend la voix qui lui convient, prele attention a une plainte qui ne s'adresse qu'a lui. A cette voix, a cette plainte, il y eut