Bővebb ismertető
François Furet
La Révolution dans l'imaginaire politique français
I
Pour mesurer l'ébranlement provoqué par la Révolution française, il faut repartir, deux cents ans apres, de son ambition centrale : réinstituer la société a la maniere de Rousseau, c'est-a-dire régénérer l'homme par un véritable contrat social. Ambition universelle dont l'abstraction s'apparente a celle du message des religions, mais qui s'en différencie par son contenu, puisque cette régénération n'a plus aucun fondement transcendant, et qu'elle prétend au contraire se substituer a toute transcendance. Avec la Révolution française, le religieux est absorbé par le politique. Mais inversement, quand il refuse de s'y perdre, il est constitutif de la Contre-Révo-lution. Tel est le caractere le plus profond de la Révolution française, son trait distinctif par rapport aux Révolutions anglaise et américaine.
Or, cette institution de la société est un principe sans cesse a la recherche de lui-meme dans la mesure oti elle ne comporte pas de point fixe.
et oîi elle apparaît comme un déroulement d'événements, une histoire sans fin. Elle ne possede pas de scene centrale sur quoi fonder la nouvelle société, de butoir ou l'arreter, d'ancre otj l'arrimer. Pas de 1688 créant une monarchie a l'anglaise, pas de Constitution américaine de 1787 : d'ailleurs les deux fins de la Révolution anglaise et de la Révolution américaine ne sont pas des arrachements a la corruption du passé, des commencements absolus, mais des retrouvailles avec la tradition, des reprises ou des restaurations. Au milieu du XVIP siecle, la Révolution anglaise arrache l'histoire nationale a la corruption monarchique, mais c'est au nom de l'Écriture sainte ; finalement, en 1688, la substitution finale d'une nouvelle dynastie a l'ancienne fonde un régime durable sur une tradition retrouvée. Un siecle apres, la Révolution américaine figure bien le commencement d'une nation, mais l'indépendance est acquise au nom des valeurs inséparablement religieuses et politiques dont les premiers immigrants étaient por-
De François Furet, auteur notamment de Pemer la Revolution française (Gallimard, 1978), Le Débat a publié la Terreur ? Le débat des historiens du
XIX'^ siecle» (n° 13).