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AVANT-PROPOS
La présence d'une divinité terrible et la lutte que Vhomme soutenait contre elle donnaient aux drames d'Eschyle et de Sophocle cette majesté triste et imposante qui emplissait les Athéniens d'une crainte religieuse, leur arrachait des larmes, les transportait d'admiration. De sa taille gigantesque, la Fatalité dominait la scene ou ses victimes se mouvaient. Livrées a leurs passions, ces âmes oubliaient parfois les « limites assignées a la nature humaine ». Apres une suite continuelle de malheurs, elles se précipitaient vers un dénouement tragique.
Frappés pour des fautes qu'ils avaient commises sans le savoir, sans le vouloir, les héros d'Eschyle et de Sophocle sortaient grandis de leurs épreuves. Cette expiation, cette purification par la souffrance répondait au besoin d'harmonie du monde qui, selon Héraclite, ne pouvait exister sans l'union des contraires, sans aigu et sans grave.
A-t-elle disparu avec la civilisation antique, cette Fatalité qui poussait vers un but marqué d'avance les rois et les princesses de la tragédie grecque? Il semble que ces grands bouleversements, ces infortunes retentissantes, au récit desquels frissonnaient les contemporains d'Eschyle, se répetent de temps en temps au cours des âges. Dans /'Anti-gone de Sophocle, il est des mots qui pourraient etre prononcés aujourd'hui a propos de Marie-Antoinette : « Des que la main des dieux s'est appesantie sur une maison, une suite ininterrompue de calamités frappe jusqu'a ses derniers descendants Depuis longtemps, je vois dans la famille des Labdacides des malheurs s'ajouter aux malheurs de ceux