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MADAME DE SÉVIGNÉ RACONTEE
Le naturel, la vem amusée ou la légere mélancolie des lettres de Marie de Rabutin, marquise de Sévigné, ont longtemps fait oublier que cette femme de tete et de plume n'était pas isolée en ce XVII'^ siecle, meme si elle n'eut pas d'égal dans l'art de se raconter et de raconter la société qui était la sienne. Pour cet écrivain malgré elle, chaque moment de la vie appelait l'écriture, et réciproquement. Mme de Sévigné fut contemporaine de la Fronde et de l'instauration de la monarchie absolue. Par son mode d'etre, ses préférences intellectuelles et ses gouts, elle n'est pas seulement un témoin privilégié de son temps : elle en exprime par son écriture les traits les plus marquants. Déclarer, comme certains l'ont fait, que ce qui était le plus intéressant dans sa correspondance, c'était l'auteur lui-meme et lui seul, est manifestement erroné. Si elle est moins souvent citée que Saint-Simon par les historiens, elle ne cesse cependant de décrire des pans entiers de cette société du XYII"^ siecle ou se croisent la haute noblesse, représentée par un La Rochefoucauld ou un Bussy-Rabutin, des esprits religieux comme Bourdaloue ou Nicole, des auteurs comme Boileau, Mme de La Fayette, La Fontaine, Perrault ou Mlle de Scudéry, et des personnalités aussi fortes que Mme de Maintenon.
École française du XVII' siecle, Christophe de Coulanges. H/t71 x55. Comte Amaury de Ternay, ciiâteaudes Rochers-Sévigné.
I. Une femme dans le Grand Siecle
A. Les deux familles de Marie de Rabutin
Le cercle familial de Mme de Sévigné résultait de l'alliance de deux familles disparates : les Rabutin (voir Chantai), d'une part, vieille famille bourgui- , gnonne remontant au XIF siecle et s'étant illustrée dans de nombreux hauts faits ; les Coulanges, d'autre part, modeste famille de roturiers auvergnats qui venait de faire, fortune dans les fournitures aux armées. Aussi, le mariage de Marie de Coulanges et Celse-Bénigne de Rabutin, signé a Paris* le 14 mai 1623, fut-il considéré par les Rabutin comme une mésalliance insupportable. Ce rejet de la branche paternelle fut une. chance pour la jeune Marie, unique enfant du couple, née en 1626 et bientôt orpheline de pere (1627) puis de mere (1633), car elle lui assura une enfance heureuse (voir Marais), au sein du clan Coulanges, dans une ambiance cultivée, libérale et aisée, ou elle allait développer un sens profond de la famille. Son grand-pere eut le souci de lui assurer une formation
École française du XVII' siecle, Celse-Bénigne de Rnbutin-Cbmtal (détail).
Comte Amaury de Ternay, château des Rochers-Sévigné.
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