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AYANT-PROPOSES anthologies de poemes abondent. On ne s'étaitguere soucié, jusqu'ici, d'en composer une qui recueillît des arts poétiques divers, ou les propos majeurs, tenus au cours des âges sur la poésie. Cet oubli venait peut-etre de ce que la notion meme d'art poétique nous était devenue étrangere. Depuis longtemps déja les poetes n'avaient eu de cesse de se libérer de toute contrainte. Mieux encore, poésie et liberté s'étaient confondues. Nous avions attendu de la poésie qu'elle nous dévoilât notre etre réel, c'est-a-dire ce qui, en nous, échappait aux puissances contraignantes de la morale, de la logique, de l'esthétique. Un poeme ne [ut jugé authentique que dans la mesure ou, précisément, il ne relevait plus de l'art mais d'une pure urgence de l'esprit. Toute intrusion, au sein de l'activité poétique, d'un principe rationnel, toute surveillance de l'inspiration ou de l'écriture furent considérées comme un péché. Les intentions du poete quand il pouvait en manifester étaient tenues pour négligeables. On entendait juger du poeme en lui-meme, sans se référer aux valeurs extérieures dont il pouvait relever. Le moindre souci de connaissance objective de l'ouvre, de compréhension de ses sources et de ses structures, était souvent réprouvé. La poésie ne souffrait pas que l'on attentât a sa nature irrationnelle et instinctive. Seule comptait, en ce domaine, l'illumination brusque, cet accord immédiat de l'esprit avec l'ouvre. Vouloir raisonner le charme, c'eut été le tuer. Ainsi la poésie était-elle devenue un culte ténébreux, une extase mystérieuse, une émotion dogmatique. Elle était l'Esprit meme incarné dans les