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Chapitre premierMarco da Cola, gentilhomme vénitien, présente ses salutations respectueuses.Je souhaite relater le voyage que je fis en Angleterre, en l'an de grâce 1663, les événements dont je fus témoin, et évoquer les personnes que je rencontrai ; cela offre, me semble-t-il, quelque intéret pour ceux qui ont l'esprit curieux. Je souhaite également que ces pages servent a dénoncer les mensonges propagés par des gens que je considérais jadis, a tort, comme mes amis. Je n'ai pas l'intention de rédiger une longue justification de mes actions, ni de raconter en détail comment on m'a trompé et frustré de la gloire qui aurait du légitimement me revenir. Je crois que mon récit parlera de lui-meme.Je vais omettre bien des choses, mais rien de significatif. Une grande partie du voyage que j'accomplis dans tout le pays n'ayant eu d'intéret que pour moi-meme, elle n'apparaît pas dans ma narration. De meme, bien des personnes que je rencontrai alors étaient des gens de peu d'importance. Ceux qui plus tard me firent du tort, je les décris tels que je les connus a l'époque, et je prie tout lecteur de se rappeler que, bien que je ne fusse guere béjaune, je n'étais pas encore averti des usages du monde. Si mon récit paraît simple et naif, vous devrez en conclure que le jeune homme de jadis l'était aussi. Je ne retouche pas mon portrait en y ajoutant de nouvelles couches de peinture et de vernis pour dissimuler mes erreurs ou les faiblesses du coup de crayon. Je ne lancerai aucune accusation, ni n'engagerai aucune polémique contre quiconque ; je décrirai seulement ce qui s'est passé, assuré que cela suffira amplement.Mon pere, Giovanni da Cola, était négociant, et durant les dernieres années de sa vie il s'occupait de l'importation d'articles de luxe en Angleterre, qui, tout en restant un pays peu raffiné, commençait néanmoins a se remettre des effets de la révolution II avait deviné longtemps a l'avance que le retour du roi Charles II signifiait qu'un vaste marché, dont il fallait tirer parti, s'ouvrirait a nouveau, et, devançant les commerçants plus timorés, il s'établit a Londres afin de procurer aux riches Anglais les marchandises dont les zélotes puritains avaient pendant des13