Bővebb ismertető
Du plus loin que je me souvienne, j'ai entendu la mer. Melé au vent dans les aiguilles des fîlaos, au vent qui ne cesse pas, meme lorsqu'on s'éloigne des rivages et qu'on s'avance a travers les champs de canne, c'est ce bruit qui a bercé mon enfance. Je l'entends maintenant, au plus profond de moi, je l'emporte partout ou je vais. Le bruit lent, inlassable, des vagues qui se brisent au loin sur la barriere de corail, et qui viennent mourir sur le sable de la Riviere Noire. Pas un jour sans que j'aille a la mer, pas une nuit sans que je m'éveille, le dos mouillé de sueur, assis dans mon lit de camp, écartant la moustiquaire et cherchant a percevoir la marée, inquiet, plein d'un désir que je ne comprends pas.
Je pense a elle comme a une personne humaine, et dans l'obscurité, tous mes sens sont en éveil pour mieux l'entendre arriver, pour mieux la recevoir. Les vagues géantes bondissent par-dessus les récifs, s'écroulent dans le lagon, et le bruit fait vibrer la terre et l'air comme une chaudiere. Je l'entends, elle bouge, elle respire.
Quand la lune est pleine, je me glisse hors du lit sans faire de bruit, prenant garde a ne pas faire craquer le plancher vermoulu. Pourtant, je sais que Laure ne dort pas, je sais qu'elle a les yeux ouverts dans le noir et qu'elle retient son souffle. J'escalade le rebord de la fenetre et je pousse les volets de bois, je suis dehors, dans la nuit. La lumiere blanche de la lune éclaire le jardin, je vois briller les arbres dont le faîte bruit dans le vent, je devine les massifs sombres des rhododendrons, des
13