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A la fin du millénaire, Isacaron habitait dans la banlieue nord de Paris un pavillon dont la vétusté et la saleté l'enchantaient. On accole souvent au mot « pavillon » les adjectifs « coquet » ou « modeste », parfois meme les deux ensemble. Ces expressions tombent toutes seules de la plume si l'on n'y prend garde En réalité la taniere d'Isa-caron n'avait rien de coquet. Le second qualificatif paraît plus pertinent. C'était modeste, en effet, s'agissant de la demeure d'un prince des ténebres.
A l'époque ou Isacaron avait acheté cette bicoque, elle était encore présentable. Il détestait le neuf et le propre, il n'aimait que la décrépitude et les puanteurs, mais il était pressé et il ne trouvait pas de taudis a son gout dans l'ancien. En ce temps-la, les pauvres se les disputaient encore plus âprement qu'a l'ordinaire.
Isacaron pouvait dormir des cinq ou six mois d'affilée sans lever une paupiere, quand ça le prenait. En 1945, il était vanné, il s'était donné a fond pendant cinq ans. Pendant ces cinq années, incrédule et jubilant, il avait sillonné l'Europe en tous sens, s'enivrant jour apres jour de l'alcool sans pareil qui s'élabore dans l'alambic humain au triple feu de la douleur, de la haine et du désespoir. A qui a gouté