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DU GHETTO DE VARSOVIE AUX CAMPS PALESTINIENS
I
L y avait des heures que nous discutions. Assis tassés dans la cahute de glaise séchée, nous étions peut-etre une quinzaine. Deux des Palestiniens, en tailleur sur le sol de terre battue, caressaient machinalement leur mitraillette. Alentour, la rumeur du camp de réfugiés — Sabreh, a l'entrée de Beyrouth — palpitait vaguement. La tranquille pénombre d'Orient exaltait la fievre des voix et des regards.
La révolution est faite autant de discours que d'action, de patience que de violence. Nous aurions sans doute pu parler des heures encore, sans progresser pour autant. Tout ce que je pouvais dire pour faire avancer l'idée d'une rencontre avec les Israéliens, ils le dénonçaient aussitôt : complot impérialiste. Peut-etre contrôlaient-ils mal le langage que nous employions — mélange d'anglais et de français — ou peut-etre était-ce simplement l'expression de leur conviction, mais ils me disaient « vous » chaque fois qu'ils voulaient dire Israël. Cette discussion ne menait nulle part. Je haussai le ton :
« Je voudrais bien savoir si c'est aux Israéliens ou aux Juifs que vous faites la guerre. Si c'est aux Israéliens, c'est avec eux que vous devrez régler votre différend, avec eux que vous devrez bien finir par parler. Mais si c'est aux Juifs que vous faites la guerre, c'est aussi a moi, Juif vivant et travaillant a Paris, que vous vous attaquez. Alors sachez que meme si je lutte pour la paix, je ne suis pas un non-violent. Et que si vous m'attaquez, moi Juif, je ferai tout ce que je pourrai pour vous