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INTRODUCTION, PRÉFACES et POSTFACE
du
Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française par Paul ROBERT (1950-1964)
Introduction au F"" volume
L'élaboration d'un dictionnaire général de la langue exige un travail assidu, poursuivi durant de longues aimées. Il faut, pour s'y astreindre, une foi persévérante dans l'utilité de reffort. Si j'ai relégué au second plan maints avantages immédiats pour me consacrer a une entreprise aussi ardue, c'est qu un profond espoir m'animait : celui de rendre service a bon nombre de mes contemporains, en France et a l'étranger.
Voici les raisons de cet espoir :
D'abord, l'absence de tout dictionnaire équivalant pour nous a ce que fut le Littré pour nos peres et nos grand-peres. Je n'entends, certes, pas dire que le célebre Dictionnaire de la Langue française ait perdu ses droits a la place d'honneur sur le rayon le plus accessible de nos bibUotheques. Un tel ouvrage est irremplaçable, mais il a vieilli a bien des égards et le besoin d'ime mise a jour s'impose depuis longtemps déja : rappelons qu'il fiât composé et publié de 1846 a 1872.
En un siecle, la langue française a évolué ; trois générations de grands écrivains se sont succédé.
Des mots nouveaux sont nés, d'autres sont tombés en désuétude. Certains ont repris vie apres un sommeil deux ou trois fois séculaire.
Surtout l'usage a modifié le sens de mille expressions en rejetant dans l'ombre l'acception primitive, seule enregistrée dans méiints dictionnaires. Palabrer, dérivé de palabre, ne signifie plus « tenir ime conférence avec un chef negre », mais « discourir interminablement, bavarder », comme le montre l'exemple suivant :
«Les députés, Anciens ou Cinq cents, se formaient en groupes nombreux sur la terrasse et, en attendant qu'Us pussent occuper leurs locaux, se mirent a palabrer » (L. Madelin, Histoire du Consulat et de l'Empire, t. n, p. 347).
Plus rarement, l'emploi actuel rapproche le mot de son étymologie. C'est ainsi qu'affirmer, que Littré n'a pu — fait surprenant — illustrer d'aucune citation, s'entend fréquemment aujourd'hui dans le sens d'affermir ou de raffermir :
« Le sens primitif s'affaiblit par la diiRision de l'expression, et il a besoin d'etre affirmé » (Brunot, la Pensée et la Langue, p. 683).
Les textes modernes rendent compte de nuances d'expression comme celle du verbe affecter, usité pour nommer, incorporer :
« Oh ! il sait se débrouiller ! Il s'est fait affecter a la météo » (Martin du Gard, les Thibault, Vm, 10).
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