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MISS CRANE
Imaginez un paysage plat, noyé par la nuit, et donnant cependant a la jeune fille qui court dans les jardins du Bibighar une idée d'immensité, de distance, peu différente de celle qu'avait eue, des années auparavant. Miss Crane en se tenant'a la limite de la ville et des champs : le lieu était autre, mais situé également dans la plaine alluviale bordée au nord par les montagnes et par le plateau au sud.
Quelques heures plus tôt, dans l'intervalle entre la pluie et le bref crépuscule, ce paysage empruntait sa palette au couchant pour colorer toute surface accrocheuse de lumiere : murs ocrés des maisons de la Vieille Ville (que marquent aussi leur sanglant passé et leur présent tourmenté); eaux mouvantes de la riviere et dormantes des réservoirs; chaumes lumineux des terres labourées de champs lointains; macadam gris de la grand-route. Rares sont les arbres dans ce paysage, sauf 3armi les bungalows blancs du quartier résidentiel britannique. A l'horizon, les collines font une tache violette.
Cette histoire est celle d'un viol, des événements qui y ont abouti et qui l'ont suivi, et l'histoire de l'endroit ou il s'est passé. Il y a l'acte, les acteup, le décor; tout est Hé, mais l'ensemble ne s'éclaire que sur une scene beaucoup plus vaste.
Dans l'affaire des jardins du Bibighar, il y a eu des arrestations et une enquete. Il n'y a pas
PREMIERE PARTIE
L'ARRESTATION, 1942
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L'arrestation de rex-Premier ministre Mohammed Ali Kassim eut lieu dans sa maison, a Ranpur, le 9 aout 1942, a cinq heures du matin. Muni d'un mandat d'arret délivré en vertu des Ordonnances sur la défense du territoire, un officier de police accompagné par deux gardes armés était arrivé dans une voiture suivie d'une escorte motorisée. L'officier attendit dix minutes devant le portail verrouillé tandis que le chaukidar, le veilleur, allait réveiller un domesticiue qui en réveilla un autre, lequel réveilla Mr Kassim. Lorsque l'officier pénétra dans le hall, Mr Kassim, en pyjama, l'y attendait déja.
- Bonjour, lui dit-il. Vous aurait-on tiré du lit de si bonne heure uniquement a cause de moi ?
- Je le crains, admit l'officier en lui tendant le mandat d'arret auquel l'ex-Premier ministre ne jeta qu'un rapide coup d'oil.
Ayant prié l'Anglais d'entrer, Mr Kassim s'esquiva en promettant de ne pas etre long. Mrs Kassim vint proposer une tasse de thé a l'officier qui ne crut pas devoir l'accepter en de telles circonstances. La maîtresse de maison manifesta d'un hochement de tete sa compréhension et retourna aider son mari a se préparer.
Dix minutes plus tard, Mr et Mrs Kassim étaient de retour dans le vestibule.
- Ou m'emmenez-vous ? demanda Mr Kassim.
- J'ai ordre de vous conduire au Palais du gou-
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PREMIERE PARTIE
L'INDIEN INCONNU
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En septembre 1939, juste apres le début de la guerre. Miss Batchelor, surintendante des écoles de la Mission de Ranpur, prit sa retraite.
Sa promotion a cette charge avait été tardive, puisqu'elle ne remontait qu'au début de l'année 1938. Tout en sachant qu'elle la devait surtout a un geste de bienveillance, elle s'acquitta de ses devoirs avec son sens tres personnel du plus menu détail. Autant dire que Miss Jolley, qui allait lui succéder, aurait la tâche toute tracée d'essayer de remettre de l'ordre dans l'embrouillamini de papiers que Miss Batchelor avait l'art de laisser derriere elle.
Miss Batchelor, Barbara de son prénom (abrégé en Barbie), n'ignorait pas ses nombreuses défaillances, généralement dues a ses deux péchés mignons. Elle jacassait sans arret, et elle agissait volontiers sans réfléchir. Combien de fois n'avait-elle pas prié Dieu de lui conférer le calme et la circonspection ! Elle tombait a genoux avec emportement et invoquait le Seigneur a voix forte - ce qui expliquait peut-etre que ses prieres ne fussent jamais exaucées. Et ses efforts pour se réformer toute seule demeuraient aussi steriles. Quand elle tenait sa langue, les gens s'inquiétaient de sa santé - et non sans raison d'ailleurs, car la contrainte
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PREMIERE PARTIE
SOIRÉE CHEZ LA MAHARANI
Hitler était mort, l'Europe en paix depuis pres d'un mois. Seule restait a régler la question japonaise. En juin le Vice-Roi, en consultation a Londres, regagna Delhi. Apres quinze jours de silence, il annonça une conférence, a Simla, entre tous les chefs de parti de l'Inde. L'idée était d'ouvrir un débat, d'alléger les tensions. Londres espérait ainsi placer le pays sur la voie de la derniere étape, l'indépendance politique. Pour permettre a tous les chefs de parti d'assister au débat, le Vice-Roi dut ordonner quelques remises en liberté : plusieurs d'entre eux étaient en prison.
Les pourparlers, ouverts le 25 juin, ne s'acheverent que le 14 juillet - sur une impasse totale. Il avait fallu bien longtemps, estimaient nombre d'observateurs, pour constater l'évidence : sur la future composition d'un gouvernement provisoire ou d'un Conseil exécutif indianisé, le point de vue du Congres et celui de la Ligue musulmane étaient parfaitement inconciliables. Le Vice-Roi, lord Wavell, admit publiquement cet échec, en endossa la responsabilité, et pria de faire taire les rancours. Ce qui n'empecha pas le dirigeant du parti du Congres All-India, un musulman, de condamner avec force devant la presse les exigences insensées du chef de la Ligue musulmane, qui revendiquait pour son parti le droit de nommer la totalité des membres musulmans du Conseil exécutif. Il en
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