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PRÉFACE
A l'imitation de Paul Valéry au sujet de la peinture, je pense que l'on devrait toujours s'excuser de parler de la musique. L'écouter, la pratiquer, l'étudier sont autant d'approches partielles.
La musique est une et multiple, insaisissable, un art qui échappe a toute définition. Pour Mme de Staël « la musique est une architecture de sons », pour Prud'hon elle est « une contemplation de l'ouie », pour Rousseau, « l'art de combiner les sons d'une maniere agréable a l'oreille ». Combarieu la définit comme « l'art de penser avec des sons sans concepts », tandis que Moles y voit « un assemblage de sons devant etre perçu comme n'étant pas le résultat du hasard ». Larousse : « La musique est un langage sonore ». Littré : « Science ou emploi de sons qu'on nomme rationnels, c'est-a-dire qui entrent dans une échelle dite « gamme ». Robert : « Art de combiner des sons musicaux, d'organiser une durée avec des éléments sonores ».
« Le phénomene de la musique, écrit Stravinski (dans Chronique de ma vie), nous est donné a la seule fin d'instituer un ordre dans les choses et surtout un ordre entre l'hornme et le temps. Pour etre réalisé, il exige donc nécessairement et uniquement une construction. La construction faite, l'ordre atteint, tout est dit. Il serait vain d'y chercher ou d'en attendre autre chose. C'est précisément cette construction, cet ordre atteint qui produit en nous une émotion d'un caractere tout a fait spécial, qui n'a rien de commun avec nos sensations courantes et nos réactions dues a des impressions de la vie quotidienne. On ne saurait mieux préciser la sensation produite par la musique qu'en l'identifiant avec celle que provoque en nous la contemplation des formes architecturales. Goethe le comprenait bien qui disait que l'architecture est une forme pétrifiée. »
La musique c'est tout cela mais c'est aussi l'espace, les couleurs, les nombres, les formes le plus abstrait des arts et en meme temps le plus engageant, susceptible d'aider l'homme a prier, chanter, travailler, marcher, danser, jouer vivre. Apollinienne et dyonisiaque, la musique s'adresse a l'esprit comme au corps, a l'individu comme a la société, au sacré comme au profane.
Les différents chapitres de ce volume sont autant de manieres de cerner le phénomene musical. Pour le physicien, la musique se confond avec les problemes acoustiques d'analyse et de propagation du son. L'historien est confronté aux conquetes d'un langage évoluant depuis dix siecles par le génie des compositeurs, sensible a l'ethnie, au milieu social et culturel, tributaire des moyens mis a sa