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NUIT DE L'EAU
En ce temps-la les Péniel étaient encore gens de l'eau-douce. Ils vivaient au fil presque immobile des canaux, a l'horizontale d'un monde arasé par la griseur du ciel, — et recru de silence. Ils ne connaissaient de la terre que ces berges margées de chemins de halage, bordées d'aulnes, de saules, de bouleaux et de peupliers blancs. La terre, alentour d'eux, s'ouvrait comme une paume formidablement plate tendue contre le ciel dans un geste d'attente d'une infinie patience. Et de meme étaient tendus leurs cours, sombres et pleins d'endurance.
La terre leur était éternel horizon, pays toujours glissant au ras de leurs regards, toujours fiayant au ras du ciel, toujours fi'ôlant leurs cours sans jamais s'en saisir. La terre était mouvance de champs ouverts a l'infini, de forets, de marais et de plaines rouis dans les laitances des brumes et des pluies, paysages en dérive étrangement lointains et familiers oii les rivieres faufilaient leurs eaux lentes dans le tracé desquelles, plus lentement encore, s'écrivaient leurs destins.
Ils ne connaissaient des villes que leurs noms, leurs légendes, leurs marchés et leurs fetes, racontés par
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