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Abel observait Jeanne, elle allait encore lui faire la leçon. C'était son exercice préféré depuis leur enfance. N'était-elle pas l'aînée ? N'avait-elle pas souvent pallié l'absence des parents ? Le pere en voyage, la mere occupée, Jeanne avait tout naturellement pris l'ascendant sur ce frérot^ tout rond, tout doux, tout joli. D'un mouvement naturel elle avait décidé de longue date de l'aider a grandir.
Une bouffée de nostalgie attendrit Abel. Le souvenir l'envahit du jardin de la rue Neuve-des-Bons-Enfants. Du soleil, des oiseaux, des herbes folles, quelque chose qui ressemblait au bonheur. Ce jardin était-il tel que dans son souvenir ? En avait-il recomposé l'image ? L'important n'était pas la. Quand il faisait ce plongeon imaginaire dans le carré de verdure, qu'il avait peut-etre recréé de toutes pieces, un grand bien-etre l'envahissait. Il était heureux. S'il s'en souvenait a l'instant c'est que dans ce cadre apaisé de son enfance Jeanne était toujours présente, et comme
1. La marquise de Pompadour s'adressait toujours a son frere dans les termes de « frérot », « petit frere », « mon cher bonhomme ». De la meme façon, elle désignait toujours Versailles par l'expression « ce pays-ci ». Ces différents vocables apparaissent donc souvent dans leurs conversations.