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CHAPITRE PREMIER
A six heures, comme chaque soir, un sentiment d'attente arracha la maison a son long apres-midi de vague reverie. Ma mere allait et venait dans la cuisine, préparant le dîner ; comme je gagnais la piece de devant, elle se mit a chanter quelque chose ou il était question d'une fille de meunier qui se couchait pour mourir. Ma mere chantait ces tristes ballades écossaises avec vivacité, et sa voix était si naturellement enjouée qu'elle les faisait paraître gaies. Pour regarder par la fenetre, je montai sur le prie-Dieu. Bien que je fusse sur le point d'entrer a l'école, j'avais encore besoin du prie-Dieu pour me hausser.
La route conduisant a la petite gare du village était déserte, si l'on exceptait le chien de Macintosh, endormi a l'ombre du sycomore devant la forge du maréchal-ferrant. Derriere la gare avec ses plates-bandes de jalousies et de calcéolaires jaunes, on découvrait la vaste étendue du rivage et, au-dela, l'estuaire de la Clyde que descendait la blanche cheminée d'un steamer de la Broo-mielaw. Puis une silhouette apparut, non pas celle que j'attendais mais néanmoins celle d'une amie et meme de mon unique amie, Maggie — ou, comme l'appelaient méchamment les garnements du pays, Maggie la Folle — une grande fille